« Arrête avec tes mensonges », une première incursion dans l’auto-fiction

“Tout est là”. C’est ce que Philippe Besson dit de son livre, Arrête avec tes mensonges. L’histoire d’un amour qui replace la littérature au centre du réel et met en scène la vie privée.

Philippe Besson ©Belga Image

Nous avons tous des souvenirs. Nous sommes donc tous des écrivains en attente. En attente de talent évidemment. Des romanciers qui racontent des histoires vraies, c’est très à la mode. Des romanciers qui finissent au tribunal pour avoir raconté des histoires vraies qui ne leur appartiennent pas tout à fait, c’est encore plus tendance. Christine Angot, Patrick  Poivre d’Arvor, Régis Jauffret, Édouard Louis, Lionel Duroy – pour ne citer qu’eux – ont tous dû affronter les plaintes d’une ex, d’un compagnon, d’une ex-compagne, d’un ex-coup d’un soir, de l’ex-directeur du FMI ou d’un fils. Dans un roman, il suffit de prendre le temps de détailler le portrait d’une personne, qui n’a pas demandé à devenir personnage, pour se voir aujourd’hui menacé d’un procès.

Pourtant, malgré une ambiance générale qui tend à réduire la liberté de création, les écrivains – comme s’ils s’étaient donné le mot – continuent de vouloir se mesurer à Proust (il y a du boulot) et explorent le champ des souvenirs personnels en espérant les transformer en objets littéraires. Certains en ont même fait le ciment de leur œuvre, comme Annie Ernaux qui n’écrit que sur sa vie. Pour leurs auteurs, ces livres qui ont fait l’objet de plaintes résument leur liberté d’artiste, mais souvent aussi un combat avec eux-mêmes auquel ils ne veulent pas se dérober. Très éloigné de cette vogue de l’autofiction, Philippe Besson y succombe aujourd’hui dans Arrête avec tes mensonges, roman qui n’en est pas un puisqu’il est basé sur le souvenir d’un amour d’adolescence autour duquel le romancier a construit une partie de sa vie.

Une histoire secrète

Alors qu’il donne une interview dans un hôtel de province, Besson voit passer un jeune homme dans le hall de l’établissement. Comme dans une chanson de Barbara, il est foudroyé sur place. Foudroyé par l’image de Thomas qui lui saute à la gorge. L’inconnu de l’hôtel lui ressemble tellement qu’il n’hésite pas à l’aborder. De cette brève prise de contact, Besson apprend – mais il le sait déjà – que le garçon est le fils de Thomas. “Il était sa réplique, mais une réplique sismique, explique le romancier. Même la démarche était la même.” 

Ici, à la réception de cet hôtel où se croisent voyageurs et représentants de commerce pressés, s’ouvre une brèche à travers laquelle on voit surgir l’histoire de deux lycéens, Philippe et Thomas, qui en 1984  tombent amoureux dans la cour de l’école. De leur histoire secrète, il ne restera rien. Si ce n’est le silence de Thomas, prisonnier de sa douleur et le souvenir de Philippe qui, malgré l’absence, a vécu ce qu’il avait à vivre. De leur histoire secrète, il ne restait rien – le manque étant aujourd’hui comblé par ce récit que Besson semble avoir porté toute sa vie et qui constitue sans doute son plus beau livre.

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Philippe Besson - Arrête avec tes mensonges ©Prod

*** Philippe besson. Arrête avec tes mensonges. Julliard, 198 p. 

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