Gotlib casse son crayon

Le créateur de Hamster Jovial et Gai Luron est mort. Il avait 82 ans. 

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En 1975, dans la cour de récré ou à la fin des cours, on s’échangeait les albums de la Rubrique-à-brac. À la maison, une fois qu’on avait fini d’étudier, on passait le reste de la soirée à scruter tous les coins et recoins des planches dessinées par Gotlib, jamais avare de détails. On cherchait partout la Coccinelle qui, mieux que quiconque, savait aller se mettre là où personne n’aurait jamais imaginé la mettre. Sans le faire vraiment exprès, c’est donc dans les aventures absurdes et, mine de rien, contestataires de Gotlib qu’on a eu rendez-vous pour la première fois avec l’humour et l’ironie. Il y a plus désagréable comme apprentissage… 

La Coccinelle, Gai Luron (chien à tronche triste et patte molle), Hamster Jovial (ah la main du scout qui file sous la jupe de la scoute), Superdupont (superhéros en béret et emblème de la France politiquement marquée au camembert), Isaac Newton (scientifique poète et terreur du cours de physique)… La galerie des personnages inventés par Gotlib est, sans conteste, l’une des plus affectives pour tous ceux qui – bien au-delà des cercles d’amateurs de bande dessinée – ont eu 15 ans après Mai 68 et voulaient se marrer à la barbe des institutions. 

Né à Paris le 14 juillet 1934 d’une famille d’immigrés juifs (le Musée juif de Bruxelles lui a récemment consacré une grande expo) Marcel Gottlieb dit Gotlib se fait la main dans des publications pour la jeunesse dès 1962. Trois ans plus tard, Goscinny l’engage à Pilote où il entame les Dingodossiers, titre tout trouvé pour laisser partir en vrille ses idées jusqu’à l’absurde et au-delà. Hystérique, fou, paniqué, nerveux – les dessins de Gotlib nous apprennent à déconner (avec grâce et intelligence), imposant un trait ultra-maîtrisé qui sera la griffe du maître. 

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