Flavie Flament : « Que ma parole ait pu en libérer d’autres, c’est quelque chose qui me porte »

Animatrice vedette, elle affirme avoir été abusée par le photographe David Hamilton quand elle avait 13 ans. Au moment où un numéro vert est mis en service chez nous, l’affaire remet au centre de l’attention la parole souvent diminuée des victimes de viols.

Flavie Flament ©Francesca Mantovani

Il a bâti sa réputation sur l’illustration d’un univers vaporeux où a défilé une armada d’adolescentes aux petits seins pointant sous les voiles et le tulle. David Hamilton a 83 ans et il a marqué de son empreinte les années 70 et 80, sans que l’on ne trouve rien à redire à ces images que l’époque gobait en les trouvant “très jolies” et, pour les plus touchés, “très sensuelles”. Mais on ne trouve rien à dire non plus aux clichés d’Irina Ionesco qui, à la même période, photographie sa fille de 12 ans, Eva – dans des vêtements et des poses ultra-érotiques. Les années 70 sont traversées par un courant d’idée qui défend l’épanouissement de la sexualité enfantine et s’exprime notamment dans les romans de Tony Duvert qui, dans une sorte d’indifférence contemplative générale, fait l’apologie littéraire de la pédophilie. Les choses ont changé, et ce qui était permis hier au nom de l’esthétique est dénoncé aujourd’hui au nom du droit. C’est donc aujourd’hui que Flavie Flament, célèbre animatrice sur RTL et ancien modèle de David Hamilton, parle. Dans un livre qui fait le buzz, La consolation, elle accuse – sans le nommer – le photographe de l’avoir violée quand elle avait 13 ans. Pointé du doigt, l’artiste, qui a rejeté l’accusation dans un communiqué, n’est pourtant pas dans la tourmente, les faits dénoncés par Flavie Flament étant prescrits. Ce que cherche la jeune femme n’est donc pas la réparation – c’est trop tard,  elle est brisée de l’intérieur -, mais la restauration d’une parole qu’elle dit souvent confisquée aux femmes victimes d’agressions sexuelles. Un combat qu’elle mène contre sa propre famille qui, avoue-t-elle, n’a rien fait pour la protéger, mais portée par une notoriété qui l’avantage. “Cette notoriété me permet d’être plus entendue, explique-t-elle. Cette notoriété qui, quoi qu’on en dise, vous donne un pouvoir. Les femmes, dans l’anonymat de leur famille, on leur dit qu’elles affabulent, qu’elles exagèrent, dans les commissariats de police, elles ne sont pas toujours entendues comme elles devraient l’être.”

Le site de L’Obs a publié une vidéo dans laquelle vous désignez David Hamilton comme votre violeur. Son nom n’apparaît pourtant pas dans le livre où vous racontez ce viol. Pourquoi livrez-vous son nom maintenant ?

FLAVIE FLAMENT – Je n’ai pas donné son nom dans le livre car au moment où je l’écrivais, j’étais seule. Je ne l’ai pas fait car je pouvais tomber sous le coup de la diffamation. J’ai voulu dénoncer l’absurdité et la violence de la prescription parce qu’il est insupportable d’entendre dire à la victime d’un viol qu’il est trop tard, qu’elle ne peut plus rien faire. En donnant son nom, je pouvais passer de victime à coupable. Après la sortie du livre, quand j’ai vu que des femmes venaient vers moi pour me dire qu’elles aussi avaient été victimes de David Hamilton, dans les mêmes circonstances, avec le même mode opératoire, j’ai été prête à le nommer et je suis prête à être attaquée pour diffamation. Et si j’étais amenée à être condamnée, ce serait encore une façon d’illustrer l’absurdité de la prescription.

Deux femmes s’expriment aujourd’hui et décrivent le même viol par le même homme…

F.F. – Et ce que je ne soupçonnais pas, c’est la force qui nous soulève parce que nous avons ça en commun. Je m’attendais à ce que mon message soit entendu, je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi bien compris. Que ma parole libérée ait pu en libérer d’autres, que d’autres femmes parlent, c’est quelque chose qui me porte au-delà de mon livre. Pour le moment, on continue à recueillir des témoignages, des avocats sont en train de travailler…

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LA CONSOLATION Lattès, 256 p. 

Flavie Flament - La consolation

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