Charles Pépin: « L’obsession de la performance fait du mal aux gens, elle est un déni de la réalité »

À tous les découragés du succès, offrons le livre de Charles Pépin, Les vertus de l’échec. Un guide qui conteste la notion de performance et pose la question: la réussite est-elle un échec qui a mal tourné?

Les vertus de l'échec ©Belga

Réussir. Avoir du pouvoir. Briller. Avoir de l’argent. C’est à peu de chose près tout ce qui nous fait tous courir. Dès l’école (cette usine à fabriquer des winners), nous sommes programmés pour y arriver, mais nous ne sommes pas tous aptes à réussir. Et lorsque nous échouons, on fait profil bas puisqu’on le sait, l’échec est une humiliation. À tous ceux qui ont connu des ratages à répétition, aux découragés de la faillite et aux autres qui ne baissent pas les bras, on ne peut que recommander le livre du philosophe Charles Pépin – Les vertus de l’échec -, bréviaire qui pourra accompagner la suite de leur chemin. Auteur de plusieurs livres de vulgarisation et de bandes dessinées de pop philosophie – La planète des sages et Platon la Gaffe avec Jul -, Charles Pépin requinque les esprits démoralisés en nous révélant qu’un échec peut être stimulant. Mieux, l’échec serait une sorte de GPS qui, s’il est bien décrypté, peut nous donner de  précieuses informations sur la direction à donner à notre vie. Rythmant sa démonstration par des bribes d’itinéraires de carrières – celles de Serge Gainsbourg, Barbara, Rafael Nadal, J.K. Rowling… qui tous ont fait l’expérience de l’échec -, Pépin murmure à notre oreille de ne pas être trop sévère avec nous-même lorsque nous trébuchons dans cette entreprise qui consiste à être heureux. 

Votre livre – Les vertus de l’échec – fait tache dans notre société qui nous oblige à être tout le temps performants. 

CHARLES PÉPIN – Les winners n’ont pas tous réussi à exprimer leur singularité. Mieux vaut parfois échouer d’une manière qui me ressemble que de réussir comme tout le monde et en ayant suivi des normes qui ne me correspondent pas. L’obsession de la performance fait du mal aux gens, elle est un déni de la réalité. En général, on parle de ceux qui réussissent en occultant le fait qu’ils ont tiré profit de leurs échecs.

Votre livre est un antiguide de développement personnel à l’usage de ceux qui ratent tout…

C.P. – (Rire.) En tout cas, c’est un livre qui sème le trouble sur cette question: qu’est-ce que réussir? Beaucoup de gens réussissent mais deviennent cons, suffisants et arrogants, et j’appelle ça un échec. Ça a été le cas de Steve Jobs, le boss d’Apple, jusqu’à ce qu’il se fasse virer de sa propre boîte. Le succès l’avait enivré et rendu hermétique. Il ne savait plus écouter les autres, cela signifie qu’il ne savait plus diriger son entreprise. En se faisant virer, en retouchant terre, il est en même temps redevenu créatif. En entreprise, où j’interviens, j’observe que les dirigeants qui sont meilleurs à instaurer une qualité d’écoute sont souvent des dirigeants qui ont connu l’échec.

Comment fait-on pour rebondir après un échec? 

C.P. – Il faut se demander si notre échec nous ressemble. S’il y a quelque chose qui, dans mon échec, indique mon audace ou un chemin intéressant à suivre. Il y a des échecs qui nous disent que la voie qu’on poursuit ne nous correspond pas. Ce sont des échecs vertueux, mais ils ne sont pas tous comme ça. Il y a des échecs qui n’apportent rien et qui sont juste douloureux, mais les ratages intéressants, il faut apprendre à ne pas les rater. L’échec peut être l’occasion d’un changement de voie qui sera la cause du succès.

Quand peut-on dire qu’on a réussi sa vie?

C.P. – J’ai l’impression que si, au moment de mourir, on se dit qu’on a joué dans l’existence une carte singulière et qu’on s’est rapproché de ce qui pourrait être sa vérité  propre, c’est qu’on a réussi sa vie. Mais c’est très difficile d’arriver à cet état sans avoir échoué. Dans l’expérience de l’échec, on trouve toujours un bon indicateur de ce qui est bon pour soi.

Aujourd’hui, on doit tout réussir, même son divorce qui, quoi qu’on en dise, est l’échec d’un couple. 

C.P. – C’est une question de temporalité. Dans un premier temps, quand on divorce – si on avait comme projet de vieillir avec la personne avec qui on a fait des enfants -, avant de réussir son divorce, il faut constater qu’on a raté quelque chose. Je pense qu’avant de fêter son divorce, il faut endurer l’échec. Ce n’est pas agréable, mais cette douleur nous grandit. Dans un deuxième temps, on peut essayer d’être de bons ex – notamment dans les rapports avec les enfants. Et là, c’est vrai, il y a quelque chose à réussir: être bien ensemble sans ne plus être ensemble.

La vie est-elle un combat de judo? 

C.P. – J’aime bien l’image du judo. La première chose qu’un judoka apprend, c’est à tomber. Tomber, mais tomber dans le consentement. Au judo, on apprend à tomber en roulant, pas à tomber lourdement. Quand le judoka tombe, il comprend la prise de son adversaire et à partir du moment où il l’a comprise, il gagne en compétence.

Qui est le modèle du beautiful loser? 

C.P. – Roger Federer. Il a beaucoup échoué, il a vécu des moments très durs où il a été meurtri. C’est là qu’il a rencontré le réel et qu’il a acquis la grâce qu’on lui connaît.

Quel est le plus beau ratage de votre vie?

C.P. – Il y en a eu plein, je ne sais pas les hiérarchiser, mais il semble que les échecs qui m’ont le plus constitué sont ceux que j’ai rencontrés à l’école quand j’étais amoureux de filles que je n’osais pas aborder. Un échec d’audace et donc un échec de vie. Depuis, j’ai appris à oser quitte à me planter.

 

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