Notre critique de « Babylone », prix Renaudot 2016

Yasmina Reza a reçu le prix Renaudot 2016 pour "Babylone", un roman qui explore les silences du couple et invente quelques moments très efficaces, entre absurde et comique. 

yasmina Reza - Babylone - Renaudot_@ Pascal Victor/ArtComArt

À l’abri des médias (qu’elle peut se permettre de snober), fuyant les foires du livre (qu’elle trouve trop vulgaires), forte de son statut d’auteur haut de gamme (sa pièce Art a été jouée et primée partout dans le monde), Yasmina Reza entretient une image de fashion coquette dans les hautes sphères du Paris élégant. Celle qui a suivi la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 pour en faire un livre ennuyeux – L’aube, le soir ou la nuit – revient placer ses pions sur l’échiquier de la rentrée avec un roman, Babylone, inspiré par sa fréquentation des tribunaux où elle aime assister aux procès d’assises. Le livre se lit d’une traite et séduit dans ses moments les plus loufoques qui frôlent la comédie, alors que… 

Alors que le propos est loin d’être jovial, Babylone se focalisant sur le gros dérapage du voisin du dessus qui tue sa compagne après une soirée un peu arrosée. C’est en remontant de chez les voisins du dessous – Élisabeth (la narratrice) et Pierre – que Jean-Lino étrangle Lydie. Jean-Lino reproche à Lydie d’en avoir trop fait durant la fête à propos des droits des animaux, et en particulier ceux du poulet bio. Elle lui reproche de s’être moqué d’elle devant l’assemblée, pointant sa manie à s’inquiéter de l’origine et des conditions de vie des poulets mis à la carte des restaurants. Un mauvais geste de Lydie envers Eduardo, le chat adoré de Jean-Lino qui ne comprend que l’italien et c’est la merde… 

Dans une grande valise Samsonite

Autour de ce crime décrit comme une gaffe, Reza explore les silences du couple, et invente quelques moments – on sent la dramaturge – très efficaces, entre absurde et comique. La scène où Jean-Lino redescend pour informer ses voisins de son crime est franchement drôle et à ça du boulevard. Celle où Elisabeth aide Jean-Lino à transporter le corps dans une grande valise Samsonite vaut aussi le détour. Quant aux interrogatoires, on vous laisse savourer…  Au bout du compte, une radiographie bien cadrée d’une certaine frange de la bourgeoisie d’aujourd’hui.

Babylone - Yasmina Reza

BABYLONE, Flammarion,  219 p. 

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