A travers le meurtre de Laëtitia, Ivan Jablonka évoque une France dont on ne parle jamais

Dans un livre saisissant - Laëtitia ou la fin des hommes -, Ivan Jablonka évoque le meurtre sordide d’une jeune fille en 2011, antihéroïne d’un monde où la souffrance est souvent passée sous silence.

En 2011, le corps dépecé de Laëtitia Perrais était retrouvé dans la région de Pornic.

En 2011, le corps dépecé de Laëtitia Perrais est retrouvé dans la région de Pornic, en Loire-Atlantique. Elle avait 18 ans. Son histoire déclenche la colère de Nicolas Sarkozy qui pointe le laisser-aller de la justice coupable, à ses yeux, d’avoir remis en liberté un récidiviste. Soupçonné de l’enlèvement et du meurtre, Tony Meilhon – fils d’une femme violée par son propre père – s’est déjà distingué par un long casier judiciaire. Dans la liste, on trouve une condamnation pour agression sexuelle sur la personne d’un codétenu qu’il a violé avec le manche d’un balai! La charge de Sarkozy, entre démagogie et émotion, touche dans son honneur une caste qui déteste qu’on lui fasse la morale et qui n’a pas l’habitude de faire grève. Huit mille magistrats prendront pourtant la rue pour protester contre les déclarations d’un président entré en empathie avec la famille de la victime.

Un portrait foudroyant

Dans Laëtitia ou la fin des hommes, l’historien Ivan Jablonka prend à bras-le-corps un fait divers sordide et reconstruit chaque itinéraire de chacun de ses protagonistes. Au-delà de l’enquête et de la reconstitution du dossier – tâche méticuleuse dont Jablonka s’affranchit avec un soin du détail qui force l’admiration -, le livre est surtout un portrait foudroyant d’une France dont on ne parle jamais.

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