Les années pensionnat

Florence Cestac plonge dans ses souvenirs de jeune fille pour marteler que notre corps nous appartient.  Non négociable.

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  À soixante-sept ans, Florence Cestac n’est absolument pas rangée des voitures. Elle a encore un os à ronger avec les instances qui auraient la mauvaise idée de venir lui dire comment vivre sa vie, et jouir de son corps. Mais comme elle sait y faire, c’est par le biais d’une BD à l’humour et à la tendresse salutaires qu’elle envoie du lourd. Ça se passe à Honfleur, dans l’enceinte du pensionnat des Oiseaux, “établissement pour jeunes filles”, dans le ventre mou des années, à un jet de pavé de Mai 68. Autant dire que la révolution n’a pas encore eu lieu, et que Thérèse (son avatar de BD) et Marie-Colombe s’ennuient ferme dans cette prison avec un Christ en croix pour seule perspective. Mais comme les deux copines ont de la suite dans les idées et du cran pour assurer, elles vont faire passer un sale moment aux bonnes sœurs censées les encadrer. Elle se souvient bien de cette époque: “C’est magique un pensionnat, ça rapproche et unit à jamais deux filles de milieux totalement différents, moi j’étais la paysanne, et Marie-Colombe venait de Neuilly, on est vite devenues inséparables”.
Florence Cestac a changé les noms et brodé la réalité, mais si la BD nous touche, c’est que la base sent le vécu, elle ne dément d’ailleurs pas: “Je force souvent le trait, mais je pars de choses que j’ai vécues, ces bonnes sœurs par exemple, elles étaient crades et sentaient mauvais, mais elles n’étaient pas méchantes… juste abruties par une doctrine! Grâce à ellesz, j’ai basculé dans l’athéisme le plus total”. Florence Cestac est toujours athée, toujours éprise de liberté, et compte bien ne jamais céder au fatalisme: “Mai 68 a existé grâce à l’asphyxie qui l’a précédé… Après, c’est un peu retombé comme un vieux soufflé, mais j’ai bon espoir qu’on y revienne! Avec ce qu’on vit en ce moment, ça ne m’étonnerait pas (rire). Je suis confiante, on va tout faire péter!” Que Dieu (qui n’existe pas) l’entende! 
FILLES DES OISEAUX, TOME 1: N’OUBLIEZ JAMAIS QUE LE SEIGNEUR VOUS REGARDE, Florence Cestac, Dargaud, 60 p.

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