La mort de Lucky Luke

Matthieu Bonhomme fête le 70e anniversaire du cow-boy solitaire en le refroidissant dans un passionnant one shot.

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On n’aurait jamais imaginé pareille histoire: l’homme qui tire plus vite que son ombre gît, face enfouie dans la boue, assassiné d’une balle dans le dos, en plein jour. C’est pourtant la scène d’ouverture de l’hommage rendu par Matthieu Bonhomme au plus célèbre des justiciers du neuvième art, et à son auteur, le grand Morris. Dans ce récit sombre et palpitant, Lucky Luke, qui ne comptait que traverser la bourgade de Froggy Town, se retrouve mêlé à une sombre affaire. Meurtre, vol d’or, shérifs corrompus, mineurs en colère et Indien en fuite…, il y a de quoi faire, et le héros au foulard rouge ne quittera pas cette petite ville avant que justice ne soit faite. Ce qui risque bien de lui être fatal.

Pour cet hommage rendu au mythe de l’Ouest et de la BD, Matthieu Bonhomme, l’auteur du Voyage d’Esteban et de Texas Cowboys, frappe fort, dans le respect du héros de son enfance, mais sans renier son propre univers. Il connaît bien son sujet, lui qui se souvient d’avoir grandi avec Lucky Luke: « J’ai d’abord regardé les dessins, avant de savoir lire, puis j’ai lu ses aventures, et enfin, je l’ai recopié (rire). C’est avec lui que j’ai appris à dessiner. Ça va même plus loin, je le considérais vraiment comme mon ami… J’avais, et j’ai encore une relation très intime avec lui ».

Alors, quand on lit « son » Lucky Luke, on comprend qu’il soit suffisamment à l’aise pour pousser son héros dans ses derniers retranchements. On découvre un Luke très humain, dans ses rapports avec Laura Legs, la fille facile qui a du plomb dans la tête, les frères shérifs pas si ripoux qu’ils en on l’air, et un doc Wednesday que l’abus d’alcool ne parvient ni à apaiser ni à rendre méprisable. Bref, une jolie galerie de portraits aussi humains que hauts en couleur.

Ajouté à cette belle brochette, un joli running gag sur le tabagisme de Luke, et on obtient une BD de haut vol. J’ai tué Lucky Luke se lit comme un excellent western, mais c’est aussi un hommage à un auteur mythique et discret du neuvième art, comme le confirme Bonhomme: « Morris était un virtuose du dessin, pour moi il était aussi doué que Norman Rockwell… Il avait largement les moyens de se mettre en avant, mais il a choisi la BD et l’humilité. Il a constamment mis tout son savoir-faire au service de l’histoire. Son truc à lui, c’était servir le lecteur et la fluidité de la narration à travers sa série unique. Plus qu’un dessinateur, c’était un grand narrateur ».

Dans une case, on peut lire sur la croix d’une tombe: « R.I.P. Morris from Bevere », un petit clin d’œil de Bonhomme à Morris. L’élève n’a jamais croisé son maître, à son grand regret: « J’ai rencontré beaucoup des auteurs que j’ai lus, enfant, de Derib à Giraud en passant par Cosey, mais hélas pas Morris. Faire cet album, ça a été une façon symbolique de lui dire que je l’aime ».

> L’HOMME QUI TUA LUCKY LUKE, Matthieu Bonhomme, Lucky Comics, 64 p.

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