Djibril Cissé: The Revenant

Excentrique et attachant, Djibril Cissé a tout connu dans sa carrière. La gloire des sommets et les abysses dont peu sont revenus. A l'aube d'un retour improbable, il raconte son parcours dans un livre: Un lion ne meurt jamais. Interview-portrait d'un footballeur félin.

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C’est dans un grand hotêl bruxellois que Djibril nous a donné rendez-vous. A quelques pas des boutiques de grands créateurs qu’il connait sur le bout des doigts, il nous accueille avec un large sourire. Lunettes rondes et casquette des Knicks sur le crâne, il est détendu et à l’aise dans ses sneakers. Rompu à l’exercice, il parle librement. Ca vient du coeur et ça se sent. Rencontre avec celui dont on se souviendra autant pour les valeurs qu’il représente que pour le footballeur qu’il a été.

Une enfance modeste

Issu d’une fratrie de 7 enfants, installée à Arles dans le Sud de la France, il a connu la galère dès son plus jeune âge. Alors qu’il n’est encore qu’un minot, son père, footballeur professionnel ivoirien, quitte le domicile familial sans crier gare. Du jour au lendemain, la famille abandonne sa belle maison pour investir un petit appartement dans un quartier populaire. Comme un avertissement pour la suite, il connait son premier coup dur. Entassés à 8 dans 2 pièces, les Cissé doivent se serrer les coudes pour s’en sortir. Sa mère enchaine les ménages et les sacrifices pour offrir la meilleure éducation possible à ses enfants: « Elle bossait tous les jours, elle s’est battue avec ses moyens, elle n’a pas trop eu de vie. Je me dois de lui rendre tout ça. Elle a fait du très bon boulot ». 

En 2004, il frôle l’amputation 

Djibril n’a jamais été très intéressé par l’école. Le foot occupe toutes ses pensées. Avec sa vitesse et sa qualité de frappe, il est remarqué par Auxerre qui lui propose d’intégrer son centre de formation à 600 kilomètres du quartier où il vit. A 18 ans, il joue son premier match en pro lancé par Guy Roux son mentor. Tout commence à s’enchainer pour le Djib’ ; premier but, première sélection en  équipe de France (contre la Belgique), titre de meilleur buteur et premier transfert pour le club mythique de Liverpool. Mais le véloce attaquant sera vite coupé dans son élan. La faute a une double fracture tibia péroné qui lui coutera 8 mois de sa carrière et a failli le laisser unijambiste. La blessure est grave, les médecins envisagent une amputation. Passer du paradis à l’enfer, c’est une constante dans sa carrière et dans sa vie. Pragmatique, il s’en sert comme motivation et revient là où d’autre se seraient écroulés: »On dirait qu’il me faut ça dans la vie pour trouver ma motivation. Ma carrière a été faite de haut et de bas. Plus de hauts que de bas mais des bas très profonds ». Quelques semaines après son retour sur les pelouses, il remporte la Ligue des Champions.      

La poisse lui colle aux crampons

Revenir d’une blessure pareil est déjà un exploit. On ne compte plus les carrières de joueurs brisées par un tacle assassin, un genou trop délicat ou une cheville en verre. Mais deux réussir deux come-back personne ne l’a fait. Du moins avant Djibril. A la veille de la coupe du monde 2006 qu’il doit disputer avec la France, le numéro 9 revit l’enfer. En match amical contre la Chine, il récupère un ballon et déclenche une accélération dont il a le secret. A la lutte avec un défenseur, il est déséquilibré et son pied reste coincé dans la pelouse. Sa Jambe lâche. Les images de la blessure sont terribles, ses conséquences aussi. Djibril ne participera pas  à la coupe du monde qui va débuter en Allemagne. Cette fois encore, il le prend avec philosophie: « J‘ai joué deux coupes du monde et on s’est fait sortir au premier tour. La fois où je ne suis pas là, on atteint la finale. C’est que je ne devais pas être là« . Quelques mois plus tard, il fait son retour sur les terrains et poursuit sa carrière. Bien sûr, il n’est plus le même qu’avant mais qu’importe. Durant 9 ans, il continuera à évoluer au haut et niveau et à enchainer les buts. Et ça il n’en est pas peu fier: « Il y a la victoire en ligue des champions et mon autre fierté c’est d’être revenu deux fois. ». Petit déjà, il notait scrupuleusement ses pions dans un petit carnet. Même ceux inscrits dans la cour d’école ou à l’entrainement. Marquer une drogue pour Djibril? « Oui on peut dire ça. Là par exemple je pourrais prendre deux chaises, rouler des chaussettes en boule, la mettre au fond et je considérerais ça comme un but. C’est juste qu’aujourd’hui les chaussettes c’est fini!« 

Reconversion artistique

Aujourd’hui, le Djib’ est à la retraite. « Le corps a dit stop » avait-il annoncé l’année dernière. Officiellement du moins. En coulisse, il travaille pour revenir une troisième fois. On lui a récemment posé une prothèse à la hanche mais il n’a pas abandonné son rêve d’atteindre les 100 buts en Ligue 1. Si ça ne marchait pas, il aurait d’activités vers lesquels se tourner. Passionné de mode, il possède sa propre marque Monsieur Lenoir en référence au surnom qu’on lui donnait quand il tapait le ballon avec ses potes. La musique aussi, dj à ses heures perdues, il fréquente David Guetta et Diplo et aime marier ses influences pour faire un son qu’il lui ressemble: « En ce moment j’aime l’électro et l’afro. J’essaie de mélanger, de créer ».

Le temps de faire quelques photos et il est déjà temps pour lui de filer, appelé par ses passions pour les fringues et les boites. « On va chercher des chaussures et puis je mixe dans une boite à Bruxelles. Le Garnett vous connaissez? » nous interroge-t-il. Sa question restera sans réponse. Il file entre les gouttes pour s’engouffrer dans un van blanc. Avant peut-être un nouveau retour dans la mode, lamusique ou, qui sait, dans le foot.

Retrouvez Djibril Cissé dans l’émission The Recap ce lundi à 19h45 sur Be Sport 1. En compagnie de Frédéric Wasseige, ils passeront en revue les grands moments du mois écoulé en Premier League anglaise.  

Un lion ne meurt jamais, Talent  Sport, 199 p. 

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