Umberto Eco est mort

Homme délicieux, intellectuel star et romancier grand public, il avait 84 ans. 

eco2

Il portait la barbe, fumait le cigare, citait James Bond et ne sortait jamais sans son Borsalino. Sa présence illuminait l’assemblée qui se faisait petite devant son verbe, ses idées, son érudition et son humour. Passer à table avec Umberto Eco – ce qui fut notre chance pour les besoins d’un reportage publié dans Moustique – c’était la garantie de laisser sa fourchette suspendue dans les airs et de ne pas finir son assiette. Umberto Eco, qui savait poser ses mots et ménager ses effets, pouvait mieux que quiconque captiver un auditoire. Professeur à l’université de Bologne, ses cours étaient sold out…

Star de la littérature italienne, il fut aussi – et avant tout – un grand sémiologue qui a su vulgariser son discours en l’appliquant à des oeuvres populaires (“De Superman au surhomme”), mais aussi à des objets d’études inattendus – comme les parcs d’attraction Disney qu’il a décryptés dans “La guerre du faux”. Spécialiste du Moyen Âge, il a scruté et analysé le moindre détail de l’esthétique médiévale, recherches qui l’ont mené à publier “Histoire de la beauté”, un ouvrage grand public considéré comme une somme de l’évolution des canons de beauté dans notre civilisation.

A l’instar de Roland Barthes, qui n’a jamais publié de roman, Umberto Eco serait resté une idole pour étudiants groupies sans “Le nom de la rose”, thriller médiéval publié en 1980. Un best-seller qui va le catapulter au devant de la scène internationale et en faire une vedette. L’adaptation cinématographique du livre – réalisée par Jean-Jacques Annaud et interprétée par Sean Connery – pousse sa renommée au maximum de la notoriété. Il fut l’un des premiers intellectuels à saisir toute la puissance du système médiatique dont il faisait une critique d’une modernité saisissante tout en en maîtrisant les mécanismes. A partir du “Nom de la rose”,  vendu à 17 millions d’exemplaires, chaque parution de roman sera un événement mondial: “Le pendule de Foucault”, “L’île du jour d’avant”, “Baudolino”… Paru l’année dernière, “Numéro zéro”, moins captivant, questionne la mutation de la presse écrite. 

D’Umberto Eco, on garde l’image d’un homme délicieux, bon vivant, raconteur à la culture immense, observateur sans pitié des tendances de notre société (il fallait l’entendre parler du GSM…), magnifique chroniqueur de l’air du temps et du temps qui passe – sa rurbrique “La bustina di Minerva”, publiée dans L’Espresso, fut l’une des plus lues en Italie, se penchant aussi bien sur les turpitudes du personnage Berlusconi que sur les silences de l’inspecteur Derrick. 

Sur le même sujet
Plus d'actualité