Le dessinateur belge Hermann cartonne à Angoulême

La fumée blanche est sortie à la Mecque du 9e art: l’auteur de Jeremiah est sacré Grand Prix à Angoulême.

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C’est Katsuhiro Otomo, le créateur mythique d’Akira qui l’a annoncé : Hermann est le Grand Prix d’Angoulême cette année.

Cocorico donc, c’est la quatrième fois qu’un Belge reçoit cet honneur.

42 ans après Franquin (il y aura aussi au cours de l’histoire du prix Jijé et Schuiten), le belge reçoit la statuette tant convoitée. Convoitée et polémique cette année.

Car s’il n’y a pas assez de Noirs aux Oscars, le Grand Prix d’Angoulême n’avait que des mâles en lice. En effet, la première short-list des sélectionnés fleurait méchamment la testostérone: 30 auteurs, zéro femme!

Incompréhension, indignation, cette sélection engendra des réactions diverses: retraits purs et simples (Sfar ou Manara), ou propositions plus constructives, comme celle de Riad Sattouf (auteur de l’excellent L’Arabe du futur) qui suggère qu’on retire son nom de la liste pour le remplacer par celui d’une femme.

Gros embarras, atermoiement et décision de dernière minute: aux côtés de Hermann et d’Alan Moore, la liste des nominés comportera un prénom féminin: Claire. Pour Claire Wendling, auteur de la très bonne série Les lumières de l’Amalou, sortie début des années… 90, et qui n’a pour ainsi dire plus sorti de BD depuis.

Bref, l’institution a du mal à refléter la réalité de la profession, et ça commence à se voir.

Toujours est-il que de ce trio, c’est « notre » Hermann qui l’emporte, et se dit surpris, mais heureux, d’apprendre qu’autant de dessinateurs et de lecteurs l’aiment.

Eternel insatisfait, on le prétend bourru, mais c’est d’humanité qu’il déborde.

Observateur de ses frères humains dans toutes leurs belles faiblesses, il aura tout essayé, et transcendé tout genre en le traitant.

De l’aventure avec un grand A (Bernard Prince, en 1966, avec Greg pour le journal Tintin) au western (Comanche, en 1969, toujours avec Greg et toujours pour Tintin), à l’onirisme (la série du rêveur Nic, chez Spirou), aux one-shot barrés (avec son fils Yves H. ou son pote Van Hamme) et au récit historique (le moyenâgeux Les tours de Bois-Maury)…, tout décor est bon pour que Hermann excelle dans ce qui l’excite: raconter l’humain face à l’adversité.

Et voir les masques tomber.

Mais c’est sans doute avec son Jeremiah qu’il aura marqué les esprits de toute une génération de lecteurs et d’auteurs: véritable pendant dessiné de Mad Max, les aventures de cet humaniste dans les décombres post-apocalyptiques de notre vieux monde est l’œuvre ultime de Hermann, qui donne libre cours à son dessin redoutable d’efficacité et à ses couleurs surpuissantes.

Une chose est sûre: il n’a pas volé son prix.

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