Les Vieux Fourneaux: Roulez vieillesse

Les papys les moins rangés du neuvième art reviennent pour un troisième round. Virez les tribunes

illu_50_mosimm

Forts d’un succès critique unanime et de leurs 300.000 albums vendus, Wilfrid Lupano et Philippe Cauuet publient le troisième tome des excellents Vieux fourneaux.  Bien qu’encore verts, on les retrouve dans des états divers: Mimile est à l’hôpital, entre deux eaux et deux états,  Antoine gère avec beaucoup de mauvaise foi une inondation et les sautes d’humeur (légitimes) de sa descendance…

Et pendant ce temps, Pierrot ne trouve rien de mieux à faire que de se déguiser en abeille pour combattre une multinationale un peu trop encombrante. Lutte, vieilles rancœurs, secrets ressurgis du passé, mais aussi et surtout amitié…, voilà les ingrédients de Celui qui part, le dernier tome en date des Vieux fourneaux, désormais devenus série à succès. Une BD au scénario sacrément bien ficelé, dans laquelle on rit (beaucoup) et on s’émeut (souvent) en compagnie de petits vieux hauts en couleur, mais finalement pas si extraordinaires que ça. Car la force des Vieux fourneaux, c’est leur ancrage dans le réel. En effet, Wilfrid Lupano, le scénariste, a longtemps travaillé comme barman, et a bien tendu l’oreille… C’est qu’il en a croisé des âgés hauts en couleur, de ceux qui ont gardé une solide capacité d’indignation. L’idée des Vieux fourneaux, elle vient de là. A l’époque de la création de la série, voici quatre ans, il était beaucoup question du troisième âge dans les médias, on y parlait diminution, maladie, souffrance.

En réaction, Les Vieux Fourneaux veut montrer le verso du grand âge: ce que « nos » vieux ont acquis d’expérience, d’intelligence, parfois même de sagesse. Même si ça n’est pas toujours le cas de nos vieilles canailles, qui n’en ratent pas une. Ils n’ont absolument pas l’intention de se  laisser mettre en quarantaine de la société, à qui ils ont encore deux ou trois choses à apprendre. Preuve très vivante que les différentes générations ont des choses à se dire. Un paquet même, à en croire le succès de la série.

Lors des dédicaces, trois générations se bousculent, et tout le monde s’y retrouve: les jeunes qui se marrent en retrouvant les travers de leurs grands-parents, et à l’inverse, les seniors reconnaissent leurs petits-enfants et leur arrogance. Ça rappelle l’heure de gloire d’une certaine presse destinée aux jeunes de 7 à 77 ans: une VD transgénérationnelle bienveillante. Pour autant, dans Les vieux fourneaux, il n’est pas question de niveler le propos par le bas: si on y traite les personnages (vieux ou jeunes) avec rudesse, on ne planque pas leur part d’ombre sous le tapis.

Tendresse, irrévérence et zéro condescendance: c’est sans doute le secret de ce succès. Avec une future déclinaison au cinéma (les droits ont été achetés et Lupano travaille à l’adaptation), on n’a pas fini de les entendre, ses vieux rebelles. Et c’est tant mieux!

> LES VIEUX FOURNEAUX, T. 3: CELUI QUI PART, Paul Cauuet & Wilfrid Lupano, Dargaud, 64 p.

Sur le même sujet
Plus d'actualité