Guy Bedos: « Le vent se lève, il faut tenter de vivre »

Dans Je me souviendrai de tout, journal mélancomique, il fustige les travers de notre époque et s’émerveille des petites choses de la vie avec une vivacité intacte. Rencontre un certain vendredi 13.

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C’était un vendredi 13 vers 15 h: l’occasion nous était donnée de converser avec le pétulant humoriste, quasiment deux ans après qu’il a fait par souci d’exigence ses adieux à son cher exercice de funambulisme humaniste, le one man show. Au-delà du chansonnier caustique et du pourfendeur de bêtise, nous avions envie d’approcher d’un peu plus près le résilient, le « suicidaire qui s’attarde », celui que ses amis de tous bords ont nourri d’irrévérence et de lettres, que ses enfants et sa femme contribuent à maintenir dans une brûlante énergie nécessaire à la résistance.

« C’est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour, et l’amitié, et la persuasion. » Nous ne savions pas à cette heure-là que cette phrase lestée d’un chagrin intime de Julos Beaucarne, que nous lui soumettions et à laquelle il nous confiait adhérer totalement, aurait aujourd’hui, quelques jours après les faits dramatiques qui ont laissé Paris sans voix, cet écho si particulier. Avec Guy Bedos comme parrain, nous aimerions, à notre façon, résister face à l’ignorance. Aimer, boire et chanter, plus que jamais!

« Je rencontre des tas de gens qui me disent très gentiment – et ça me touche beaucoup – que je leur manque. »

Vous jouez pour le moment à Paris dans la reprise de la pièce de Samuel Benchetrit, Moins deux… En quoi vous reconnaissez-vous dans ce personnage qu’on pourrait qualifier de trompe-la-mort?

GUY BEDOS – C’est en tout cas un univers qui m’est familier, car je l’ai souvent abordé dans mes propres spectacles. Je dis souvent que je fais du drôle avec du triste et il m’est arrivé très souvent de faire des allusions à la mort qui étaient humoristiques. Certains me disent d’ailleurs gentiment que j’aurais pu l’avoir écrite, cette pièce. Je m’y retrouve, c’est sûr: le malade, condamné à mort, qui fait le tour de la banlieue, qui va draguer les filles dans les salles des fêtes, j’ai trouvé ça très amusant et visiblement, je ne suis pas le seul!

Pour le public, ça doit être un plaisir de vous retrouver sur scène puisque ça fait pratiquement deux ans que vous avez décidé d’arrêter cet exercice du one man show… Est-ce que ça vous manque?

G.B. – La vérité, c’est que j’ai de temps en temps des petites colères, et notamment concernant la revue de presse que je faisais, j’ai envie de revenir parfois à l’observation de la vie publique. Il n’est pas exclu d’ailleurs qu’à un moment – si on veut bien de moi dans un journal dont je veux bien – je fasse une chronique hebdomadaire quelque part. Continuer à avoir une tribune, mais à la demande du public. Je rencontre des tas de gens qui me disent très gentiment – et ça me touche beaucoup – que je leur manque. On n’arrête pas d’être en connexion avec l’actualité comme on appuierait sur un bouton pour éteindre une lumière… J’ai été intéressé depuis presque un demi-siècle par le commentaire politique et social. Simplement, par prudence et par coquetterie, j’ai souhaité me retirer en beauté et ne pas attendre que l’âge m’empêche de faire ce métier très difficile. 

Le titre de votre nouveau livre, Je me souviendrai de tout, est d’ailleurs assez significatif. Dans un passage, vous plaisantez au sujet de l’alzheimer. Vous qui vous dites habité par le mektoub – ce qui est prédestiné. L’oubli – celui de soi, celui de ceux qu’on a aimés, de l’histoire – serait-il votre plus grande peur?

G.B. – C’est qu’il m’est arrivé de rencontrer des gens d’un âge certain, comme on dit, qui entre autres avaient des problèmes graves de mémoire, et je trouve ça assez… très décourageant. Ce constat fait partie de ce qui m’a fait adhérer à l’Association pour le droit de mourir dans la dignité. Le jour et l’heure, un de mes romans était très inspiré par mes idées… C’était une autobiographie déguisée. J’avais créé un personnage de cinéaste suicidaire.

La suite dans le Moustique du 18 novembre 2015

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