Mathias Enard décroche le Goncourt avec «Boussole» et Delphine de Vigan le Renaudot avec »D’après une histoire vraie»

Les deux prix les plus prestigieux couronnent un auteur exigeant et une romancière très populaire.

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Fin du suspens. Le jury Goncourt décerne son prix – garantie de bonnes ventes d’ici le shopping de Noël – à Mathias Enard pour «Boussole», un livre dense et riche. Le Renaudot, deuxième dans l’ordre de prestige, va à Delphine de Vigan pour «D’après une histoire vraie», formidable réflexion sur le vrai et le faux en littérature.

Sixième roman d’un auteur qui frôle parfois l’expérimental, «Boussole» se déroule en une nuit d’insomnie, celle de Franz Ritter. Dans son appartement à Vienne, alors que le sommeil tarde à venir, ce musicologue spécialiste de la musique orientale se laisse envahir par les pensées et les souvenirs. Les pensées sur sa maladie récemment diagnostiquée, sur son voisin Gruber qui a un chien qui gratte au parquet… Les souvenirs d’un amour à jamais gravé dans son cœur – Sarah, les souvenirs de voyages d’études à Damas, à Téhéran…

C’est à une longue confession nocturne que nous invite Mathias Enard dont le roman Zone n’est construit que sur une seule phrase à la première personne. Ici, un sujet en appelle un autre qui en inspire un troisième et ainsi de suite … Le tout forme un texte magma que rien n’arrête, véritable exercice de style sur le travail de mémoire, qui succombe à la pratique du name droping  – on n’a jamais lu autant de noms dans un roman. Si le livre a des envolées et des fulgurances, il faut souvent s’accrocher pour tenir le fil du propos très érudit… Un vrai roman d’endurance où il est question des amours du narrateur, de son initiation à l’opium, mais aussi de Balzac, de Beethoven, de Kafka, d’un monde fait de chercheurs universitaires – musicologues, philologues, archéologues… «Boussole» ne recule devant rien pour tenter de vous emporter mais le livre ne vous laisse aucun répit, aucune prise de respiration. Cet immense déversement de l’âme a, avouons-le, fini par nous saouler…

Une femme pour le Renaudot

Beaucoup plus abordable, «D’après une histoire vraie» est construit sur l’expérience du succès vécu par son auteur.  Après « Rien ne s’oppose à la nuit» (vendu à un million d’exemplaires) , Delphine de Vigan imagine l’histoire d’une romancière qui laisse une inconnue entrer par infraction dans sa vie. Le livre est une minutieuse et très prenante description de son trouble – entre hallucination et paranoïa – face à l’inconnu de la page blanche ou devant le vide laissé en son être par la tempête de l’exposition publique. Le livre est écrit sous l’égide bienveillante de Stephen King – et ça n’étonnera personne à la lecture de ce roman où l’on bascule du vrai au faux, de l’amitié à la haine, de la tranquillité à l’angoisse.

Mathias Ernard, Boussole, Acte Sud

Delphine de Vigan, D’après une histoire vraie, Lattès

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