Corto Maltese, le retour

Le marin imaginé par Hugo Pratt revit vingt ans plus tard. Son créateur en aurait été fier.

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Cela faisait vingt ans que le marin le plus iconique du 9e art était orphelin de son auteur. Hugo Pratt, « le romancier qui dessine », s’est éteint le 20 août 1995 après avoir largement participé à donner à la BD ses lettres de noblesse. Assoiffé de livres et de voyages, l’auteur d’origine italienne a imprégné son œuvre de littérature au long cours, menant ses personnages aux quatre coins du globe et de l’Histoire. Sa première série importante, Sgt. Kirk, verra l’apparition d’un personnage secondaire, le marin Corto Maltese, en 1967. Trois ans plus tard, Corto aura les honneurs de sa première série titulaire, dans le magazine Pif Gadget… La légende était née. Poète, amateur de belles femmes et protagoniste des tourments qui secouent le monde dans la 1e moitié du XXe siècle, Corto Maltese deviendra un héros romantique ultime, incarnant l’idéal de l’homme libre, cultivé sans être cérébral, engagé sans adopter de drapeau. On n’avait plus de nouvelles du marin à la boucle d’oreille depuis vingt ans… C’est le temps qu’il aura fallu pour que les questions de succession – au sens patrimonial tant qu’artistique – soient réglées. Si Hugo Pratt a toujours souhaité que son personnage lui survive, il fallait encore trouver les candidats dignes de reprendre le flambeau. On évoqua un temps Manara, grand admirateur du maître. Mais ce sont finalement le scénariste Juan Díaz Canalès (Blacksad) et le dessinateur Rubén Pellejero (Loup de pluie) qui feront renaître le mythe. Sous le soleil de minuit nous replonge dans des décors grandioses que n’aurait pas reniés Jesuit Joe, autre personnage de Pratt; le Grand Nord et les rives du Yukon, où Corto partira en quête d’un trésor, guidé par le fantôme de Jack London… Les dialogues ont gardé leur belle âme, l’intrigue flirte de façon sensuelle avec les faits historiques et l’hommage que rend le trait de Pellejero à celui de Pratt est simplement émouvant. Comme les retrouvailles avec ce héros de BD qui compte parmi les plus chers à nos cœurs.

M.R.

> CORTO MALTESE, SOUS LE SOLEIL DE MINUIT, Juan Díaz Canalès – Rubén Pellejero, Casterman, 83 p.

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