Joann Supersfar

Bande-dessinée, autobiographie, film... Le créateur du Chat du Rabbin est sur tous les fronts en cette rentrée et c'est jubilatoire.

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 Oui, Joann Sfar est un garçon très occupé, qui continue de se la jouer glandeur (enfin, sauf si on considère les heures de console de jeu comme une activité). Quand il ne commande pas à son célèbre et bankable Chat du Rabbin  de reprendre du service après une longue sieste de neuf ans, il filme les jambes interminables et les craquantes taches de rousseur de Freya Mavor pour le remake de La dame dans l’auto avec des lunettes noires et un fusil.

Et entretemps, il en trouve pour noircir les pages de ses nombreux carnets, mix étrange et réussi de recueils de dessins et de compilation de réflexions: la vie, l’amour, les filles, et puis le sens de tout ça. Bref, Sfar produit à tour de bras de la matière à penser, ou à se marrer, voire les deux. C’est grave docteur? Joann Sfar avance une tentative de réponse: « c’est vrai que je fais beaucoup de choses… je suis vernis: j’ai plein de distractions, mais mon centre névralgique, c’est le dessin. » Heureusement pour le lecteur qui, entre le Chat du Rabbin et ce nouveau carnet, a de la lecture sous le coude.

Pourtant, Joann Sfar est un rescapé. En peu de temps, deux tsunamis l’ont drôlement secoué: une rupture et un massacre. « Entre ma séparation et la tuerie chez Charlie Hebdo, j’étais au fond du trou. Et puis, je me suis rappelé pourquoi je dessinais… comme quand j’étais gamin, pour m’aider à tenir debout. En fait, je dessine pour ne pas être seul. J’ai obéi à une nécessité, il fallait que tout ça sorte, et ce qui est beau, c’est que je peux m’appuyer sur le lecteur, ça m’aide énormément. J’avais un peu perdu de vue cette nécessité. »

C’est de cette nécessité qu’est né le retour du Chat, comme le confirme son auteur: « J’étais chez moi, tout seul et triste, alors j’ai appelé à la rescousse mon personnage le plus rassurant, le Chat du Rabbin. Et visiblement, la thérapie par le dessin, ça marche. Depuis, j’ai quitté ma psy, je redessine, ma médecine, le dessin donc, est plus forte, plus trouble aussi. » A la clef, un nouveau Chat du Rabbin, plaisant et un peu court, mais ça n’angoisse pas Sfar. « J’aime bien rater des choses. Il y a des auteurs que ça bloque. Moi, je me révèle en temps de crise. Je ne suis pas dépressif, je suis par contre un grand tragique. Quand je me dessine très triste, ça fait marrer tout le monde, c’est une grande chance. »

Ce serait peut-être ça, la potion magique de l’auteur hyperactif: une honnêteté à toute épreuve, et qui n’obéit qu’à un Dieu. « Le dessin c’est ma religion. Dessiner, c’est regarder l’autre à sa hauteur. Si Dieu est là, il est dans le visage des gens, pas au ciel. » 

> LE CHAT DU RABBIN, tome 6, Dargaud, 48 p.

> LES CARNETS DE JOANN SFAR, JE T’AIME MA CHATTE, 284 p.

> LA DAME DE L’AUTO AVEC DES LUNETTES ET UN FUSIL

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