Ellory fait dans le serial killer

En guise d'hommage, un psychopathe reproduit les crimes de tueurs en série célèbres. Heureusement, dans Les Assassins, l'homme reste une valeur sûre.

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Il faut être patient avec R.J. Ellory. L’auteur de Vendetta, des Anonymes et des Anges de New York aime prendre le temps pour installer son sujet. C’est encore le cas dans Les assassins qui atteint sa vitesse de croisière à partir de la cent cinquantième page, au moment où John Costello et Ray Irving passent un marché afin d’affronter ensemble ces enquêtes ouvertes à la suite d’assassinats qui, dans plusieurs quartiers de New York, semblent reproduire des crimes signés dans le passé par de célèbres tueurs en série. A 16 ans, le premier a échappé à un malade qui se faisait appeler le Marteau de Dieu et a massacré sa petite amie. Le second est un flic qui, à 44 ans, avance avec, dans le cœur cadenassé, le souvenir d’une compagne morte à qui il n’a pas assez dit ses sentiments. Les deux – et c’est l’une des réussites du livre – s’entendent dans leur solitude et se rejoignent à travers une femme, Karen, une journaliste pour laquelle John travaille comme enquêteur et pour qui Ray va craquer.

Ensemble, ils sont donc confrontés à ces répliques d’anciens crimes (ils ont lieu dans les années 60, 70 et 80) que l’on peut lire comme des hommages à de grands criminels. Aiguillé par John Costello, devenu une sorte d’encyclopédie vivante des méfaits des serial killers, l’inspecteur Irving pénètre les cercles d’initiés qui cultivent une fascination morbide pour les assassins dont ils collectionnent les photos et les objets. Sombre et lointain, cet underground est le lieu d’échange où se croisent les individus les plus louches comme  d’éminents professionnels aux manies bizarres. C’est là que la police espère trouver la trace de celui qu’elle a baptisé le Commémorateur, eu égard à ses comportements de fan sordide. En croisant le destin de ses personnages, qui ont la chair des abandonnés, et en plongeant dans notre fascination pour le mal absolu, Ellory dépasse son intrigue et propose une réflexion sur le besoin d’amour dans une société abîmée par la violence et en perte de repères.

> LES ASSASSINS, R.J. Ellory, Sonatine, 528 p.

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