Delphine de Vigan revient avec « D’après une histoire vraie »

Pari risqué mais pari réussi pour la romancière qui, paralysée par le triomphe inattendu de "Rien ne s'oppose à lui", rebondit avec un livre construit comme un piège empoisonné.

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C’est l’un des livres les plus attendus de la rentrée. En tout cas par les lecteurs de « Rien ne s’oppose à la nuit », smash hit de Delphine de Vigan qui s’est vendu à un million d’exemplaires. « Rien ne s’oppose à la nuit » est le récit d’une dérive – celle de sa mère dépressive dont le suicide est inscrit au fer rouge dans l’histoire familiale. Plus qu’un best seller, le livre fut une expérience qui placera de Vigan en contact direct avec un public qui s’est identifié au propos jusqu’à finir par paralyser la romancière. Que pouvait-t-elle encore écrire après cette histoire que sa carrière d’écrivaine semblait attendre? Devait-elle mettre la clé sous le paillasson et vivre tranquille (est-ce possible après un livre si intime?) de ses royalties?
 
« Le succès de « Rien ne s’oppose à lui » c’était avant tout de la joie, explique Delphine de Vigan. Mais c’est vrai que ce bonheur a été teinté de pas mal d’anxiété car je me suis demandé si ce n’était pas un malentendu et su j’étais légitime. C’était un livre important, mais j’ai eu l’impression, à un moment, qu’il prenait beaucoup de place, peut-être trop. » Trop de place… C’est aussi ce que pense l’héroïne de « D’après une histoire vraie », confession d’une romancière tétanisée et à cours d’inspiration après l’accueil inespéré d’un livre très personnel qui lui vaudra l’amour du public, mais aussi quelques lettres anonymes d’une grande violence symbolique. Déboussolée, la romancière tombe sous le charme de L., une femme rencontrée par hasard qui, peu à peu, va s’immiscer dans sa vie jusqu’à (presque) en prendre le contrôle.
 
« D’après une histoire vraie » est le versant sombre d’un triomphe ou le making-of du suivi de « Rien ne s’oppose à la nuit ». Delphine de Vigan y décrit son trouble – entre hallucination et paranoïas – face à l’inconnu de la page blanche ou devant le vide laissé en son être par la tempête de l’exposition publique. Le livre est écrit sous l’égide bienveillante de Stephen King – et ça n’étonnera personne à la lecture de ce roman où l’on bascule du vrai au faux, de l’amitié à la haine, de la tranquillité à l’angoisse. « Ce livre a été un combat de chaque jour, commente de Vigan. C’était très compliqué à écrire. J’étais très contente d’en venir à bout. » Un livre qui suit un tempo aligné sur un suspens existentiel qui nous ramène à nous et à cette drôle de petite voix intérieure qui est autant une amie qu’une étrangère.  
 
D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan, Lattès, 478 p.   

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