En un polar écologique

Livraison annuelle du pape du thriller juridique, L'ombre de Gray Mountain nous promène dans les Appalaches scalpées par les sociétés minières, véritables écoterroristes.  

 

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On le sait, John Grisham n’entrera jamais dans les anthologies de la littérature américaine. En revanche, il est déjà depuis longtemps entré dans l’histoire de l’aviation civile. John Grisham est la star des aéroports où il fait succomber hommes d’affaires, touristes et personnel de cabine. Cet ancien avocat, bon père de famille, entraîneur de base-ball pour les petits de son village, s’est spécialisé dans le thriller juridique, bâtissant une petite entreprise qui, avec un volume de 300.000 millions d’exemplaires vendus, a considérablement amélioré son confort de vie. Depuis La firme, son premier smash paru en 1991 et porté à l’écran avec un Tom Cruise au plus haut de sa plastique nineties, Grisham publie sur un tempo régulier des livres parfois bâclés ou qui ressemblent trop aux précédents. Depuis quelques années et un gros passage à vide, le romancier s’est repris et propose des récits plus fouillés, mieux documentés et – si on ose dire – plus conscientisés. C’était le cas l’année dernière avec L’allée du sycomore, c’est le cas cette année avec L’ombre de Gray Mountain.

Le roman, au rythme beaucoup plus lent qu’un Grisham habituel, démarre à New York en 2008, au moment de la crise des subprimes, de la déroute des banques et des grandes manœuvres d’assainissement dans les rangs du personnel des sociétés touchées de plein fouet. Jeune avocate spécialisée dans l’immobilier, Samantha Kofer est brutalement mise à pied. Cette interruption involontaire de carrière est accompagnée de la possibilité d’être réengagée dans un an si elle accepte de faire un stage non rémunéré dans une institution à vocation sociale. Et voilà notre New-Yorkaise typique, chic et légèrement supérieure, parachutée dans un bureau d’aide juridique, centre de crise d’un bled des Appalaches où se succèdent femmes battues, vieilles abandonnées de leur famille et malades atteints du poumon noir. Car le coin de montagne dans lequel Samantha joue la parenthèse de sa vie est exploité par des sociétés minières qui, hormis le fait qu’elles saccagent l’équilibre écologique de la région, jonglent avec la santé des mineurs. Pour tenter de garder un semblant de justice, l’avocat Donovan Gray attaque systématiquement les pontes du charbon pour délits contrevenants à la loi. Sa réputation d’emmerdeur a fait de lui l’ennemi juré des sociétés qui, au profit annuel, sacrifient hommes et nature. Samantha est impressionnée et troublée par la force de conviction de ce type qui a une revanche à prendre sur la mine, tombeau de sa famille… A la limite du documentaire romancé, L’ombre de Gray Mountain n’attaque pas sur un suspense cardiaque – loin de là. L’intrigue prend son temps (il faut attendre longtemps avant que ne démarre l’enquête), l’idée étant de nous faire découvrir une réalité écologique et sanitaire assez terrifiante au pays d’Obama aujourd’hui.

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