Bêtes de scène

Avec Alvin, le duo Hautière-Dillies impose une BD animalière et poétique.

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Les auteurs le reconnaissent volontiers: à la fin du second tome d’Abélard, ils avaient un goût de trop peu. Et, portés par des retours super-enthousiastes et une furieuse envie de prolonger l’exercice, ils décident de donner à Gaston, l’ami d’Abélard, une suite logique à ses aventures. Et ainsi naquit Alvin.

Nous sommes à New York, au début du siècle dernier, celui de la naissance des gratte-ciel. Les hommes s’échinent en sautant d’une poutrelle d’acier à l’autre, risquant la mort à chaque seconde. Fourbus, ils redescendent sur le plancher des vaches, et s’en vont dépenser leur maigre paie dans les bouges de grandes dépressions et de petite vertu. Dans un de ces lieux de perdition, Gaston en pince secrètement pour Purity, une professionnelle au cœur grand comme ça. Le jour où celle-ci casse sa pipe, il hérite du rejeton, le bien nommé Alvin. Ensemble, ils vont prendre la route à la  recherche d’un père pour ce petit morveux. Et croiseront en chemin un prédicateur très obtus et sa caravane de monstres, êtres difformes à exposer aux mécréants, outils à craindre la colère de Dieu.

Bref, du déjà vu, du déjà lu. Mais ici, Gaston est un ours, et ses camarades d’infortune, des cigognes, des chattes ou des moineaux. C’est dire que cet exercice poétique qui aurait pu se vautrer dans le kitsch ou, pire, le bien-pensant. Pourtant, si Alvin s’inscrit dans la déjà longue tradition de la BD animalière, ses personnages tiennent autant du Freaks de Todd Browning que du Petit Prince. En assumant avec élégance la fable poétique, la BD prend bien soin de ne pas en faire trop, et finit par toucher la part d’enfance qui sommeille en tous.

Serge  Timori

> ALVIN TOME 1: L’HERITAGE D’ABELARD, Renaud Dillies & Regis Hautière, Dargaud, 56 p.

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