Luz publie Catharsis et quitte Charlie Hebdo

Le dessinateur "survivant" fera ses adieux à l'hebdo en septembre prochain et sort ce mercredi un ouvrage où il dessine son après - 7 janvier. 

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Depuis plusieurs semaines, des divergences se faisaient sentir au sein de la rédaction de Charlie Hebdo. Une partie de l’équipe a demandé que le capital soit ouvert, et non plus détenu par les seuls Riss (40%), Eric Portheault (20%) et les héritiers de Charb (40%). Une décision renvoyée par Riss, actuel directeur du magazine, à la rentrée de septembre. La semaine dernière, la presse révélait l’envoi d’une lettre à Zineb El Rhazoui, journaliste à la rédaction, la convoquant à un entretien pour licenciement. Ceci ajouté à de supposées tensions concernant les immenses sommes d’argent rentrées dans les caisses de l’hebdo depuis le 7 janvier… Le bateau tangue. Et risque bien de sombrer pour de bon.

Dans une interview publiée aujourd’hui dans Libération, Luz, l’un des dessinateurs phares du journal (auteur de la une post-attentats « Tout est pardonné”), annonce son départ pour le mois de septembre. Il s’en explique : « C’est un choix très personnel. J’essaie de garder le plus possible la maîtrise de ma vie, notamment de la temporalité, d’autant plus après ce qu’on a vécu. C’est devenu une de mes obsessions après tout ce bazar, pour me reconstruire, de reprendre le contrôle de moi-même. Il faut pouvoir regarder le puzzle qui est par terre, pour retrouver un peu ses propres débris au milieu des débris. Quand on est impliqué comme je suis dans Charlie, on n’a pas le temps parce qu’on est phagocyté par mille choses, le deuil, la douleur, la colère. On est phagocyté aussi par les médias et, ça, c’est vraiment difficile.« 

Catharsis

Luz tient également à préciser qu’il ne part pas à cause de dissensions internes mais bien à cause du poids que représente le fait d’être le symbole survivant de Charlie Hebdo : « Si je me barre, c’est que c’est difficile pour moi de travailler sur l’actualité. Je sais plus quand je l’ai annoncé à Charlie, j’ai du mal à juger de la temporalité parce que, pour moi, chaque semaine dure dix mois désormais (…) Passer des nuits d’insomnie à convoquer les disparus, à se demander qu’est-ce que Charb, Cabu Honoré, Tignous auraient fait, c’est épuisant.« 

Comme pour boucler la boucle, avant de pouvoir vivre un deuil digne de ce nom, Luz publie ce mercredi « Catharsis » chez Futuropolis. Un recueil de dessins réalisés pour se faire du bien, pour comprendre, pour exorciser ou apaiser depuis les attentats du 7 janvier. Le premier dessin évoque justement le 7 janvier. 18 heures, 36 Quai des orfèvres. Un inspecteur demande à Luz d’expliquer ce qu’il a vu. Luz saisit un crayon et dessine une silhouette hallucinée digne du Cri de Munch. Dix fois. Cent fois. Avant de déclarer « A vrai dire, j’ai pas vu grand chose ». Luz se dessine alors dans les situations du quotidien. Hanté par la mort de ses amis (il va visiter leurs tombes), angoissé, apeuré, terrifié. Vidé. C’est alors qu’il se livre sur ces petites choses sur lesquelles il s’est reposé pour essayer de survivre dans les jours qui ont suivi : le sexe, l’amour d’une femme, et le doigt bien levé, comme toujours. Ainsi, les médias en prennent joyeusement pour leurs grades. Et c’est finalement bien mérité. C’est violent, touffu, touchant, vif. C’est un document sur un homme apeuré et paumé. Sans commune mesure dans la réalisation, on pense bien entendu au véritable chef d’oeuvre de la catharsis par le dessin : Les idées noires de Franquin, qui resteront à jamais son absolu chef d’oeuvre.

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