Romy Schneider exposée au cinéma Palace : retour sur une légende

À Bruxelles, de Sissi à La passante du Sans-Souci, le cinéma Palace accueille une exposition sur l’actrice, objet de dévotion et incarnation de la liberté.

Romy Schneider
© Claude Azoulay

La femme moderne

À l’étage du Palace dans le foyer Art déco créé par l’architecte Paul Hamesse en 1913, quelques tables sont installées. Face à nous, des écrans, des notes, des photographies de Romy Schneider. On a presque l’impression qu’elle est là, avec nous. Prête à répondre d’un sourire ravageur. Comment mettre en scène la vie de Romy Schneider sans entrer dans les drames de sa vie? C’est la question qui a guidé la commissaire Clémentine Deroudille à qui on doit déjà l’exposé Louis de Funès, succès public en 2022.  “Romy Schneider a inventé la femme moderne au cinéma, explique-t-elle. Elle a passé sa vie à prendre des risques professionnels. J’avais une image sombre d’elle en raison de sa mort prématurée à 43 ans. On lui a beaucoup confisqué la parole depuis. J’ai découvert une femme très différente au travail et j’ai voulu que son métier soit au cœur de l’exposition, sans empiéter sur sa vie privée.

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La petite fiancée autrichienne

Née en 1938 à Vienne, enfant de la balle, Romy débute au cinéma à 15 ans, jouant la fille de sa mère, l’actrice Magda Schneider. Elle devient une immense vedette en interprétant Elizabeth d’Autriche dans la trilogie à l’eau de rose Sissi. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ses parents figurent parmi les acteurs préférés du Reich. Plus tard Romy donnera des prénoms juifs à ses enfants - David et Sarah -, en partie pour réparer la barbarie nazie.

Égérie Chanel

Je me sens française dans mon style de vie et ma vie. Je le dois à trois personnes: Alain Delon, Luchino Visconti et Coco Chanel.” Grâce aux tailleurs sixties de Gabrielle Chanel sur le film de Visconti Boccace 70, elle apprend à jouer avec son image. Son style s’impose, affichant une élégance qui en fera une personnalité en vue. Au fil du temps et des vestiaires, elle deviendra l’incarnation de la femme française…

Romy Schneider

© Stéphane Dabrowski

L’intimité d’une actrice

Emmené par la voix de Romy - ici en 1974 avec Zulawski sur le tournage de L’important c’est d’aimer -, on déambule à travers sa correspondance, ses costumes et ses rencontres fondatrices, de l’enfance autrichienne à son dernier film La passante du Sans-Souci (1982) où elle joue une résistante allemande, un projet qu’elle initie.

Romy et Alain

1958, elle rencontre Alain Delon. Son destin bascule. Elle refuse de tourner le quatrième épisode de Sissi et s’installe à Paris. “J’étais devenue propriété nationale en Allemagne. Lorsque je suis partie j’étais rayée”, dit-elle. Sa rencontre avec Luchino Visconti pour Rocco et ses frères est un tournant. Malgré leur rupture en 1964, Delon l’impose quatre ans plus tard sur le tournage de La piscine. Prenez le temps de vous allonger sur les transats face aux photos de ce tournage culte à l’été 1968.

Romy Schneider

© BelgaImage

Le regard de Claude Sautet

Quand elle rencontre Claude Sautet, elle rencontre une sorte de double. “Une entente comme la nôtre est très rare. Claude est le metteur en scène qui me connaît le mieux”, dit Romy. Entre 1970 et 1978, il la dirige dans cinq films: Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs, César et Rosalie, Mado et Une histoire simple. L’exposition présente des objets illustrant leur collaboration: la robe de César et Rosalie, prêtée par sa fille Sarah Biasini, le césar qu’elle obtient pour Une histoire simple, le courrier adressé au réalisateur qu’elle appelle “mon Clo” et à qui elle livre ses doutes (“Mon Clo, merci. Je ne suis pas si sûre de moi, je ne suis pas si forte.”).

En avance sur son temps

J’étais simplement en avance sur mon temps. À une époque où il n’était nulle part question de la libération de la femme j’ai entrepris ma propre libération. J’ai forgé moi-même mon destin”, disait-elle. On la voit ainsi travailler avec de jeunes réalisateurs alors inconnus, comme Andrzej Zulawski ou incarner des femmes pionnières comme dans La banquière, film qu’elle initie en 1980 et dont on peut découvrir plusieurs tenues exposées.

Le film inachevé

En 1964, Romy rencontre Henri-Georges Clouzot pour L’enfer, film expérimental resté inachevé. Le tournage lui permet pourtant de se libérer comme actrice. Le documentaire sur l’histoire insensée du film (qui s’achèvera par une crise cardiaque de Clouzot) est proposé en projection au Palace le 12 avril.

Les soirées événements

Introduit par Joachim Lafosse, le documentaire sur le tournage insensé de L’enfer (qui s’achèvera par une crise cardiaque de Clouzot) est projeté au Palace le 12 avril. D’autres soirées sont prévues… Le 30/3 à 19 h: Clair de femme de Costa-Gavras présenté par Costa-Gavras. Le 2/4 à 13h45: La piscine de Jacques Deay présenté par Olivier Monssens. Le 4/4 à 19 h: César et Rosalie de Claude Sautet présenté par Sarah Biasini (fille de Romy Schneider). Le 6/4 à 19 h: Le vieux fusil de Robert Enrico présenté par Lubna Azabal.  Le 12/4 à 19 h: L’enfer d’Henri-Geoges Clouzot de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea présenté par Joachim Lafosse. Le 22/4 à 13h45: Le procès d’Orson Welles présenté par Wouter Hessels. Le 6/5 à 13h45: La piscine présenté par Wouter Hessels.

Romy Schneider. Jusqu’au 25/6. Le Palace, Bruxelles. www.cinema-palace.be

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