Picasso & Abstraction, l’expo à ne pas manquer sur le peintre qui rejetait l’abstrait

Picasso & Abstraction, l’expo à ne pas manquer sur le peintre qui rejetait l’abstrait
L’arbre, Paris, été 1907. © Succession Picasso – Sabam Belgium 2022

Il n’y a pas d’art abstrait. Il faut toujours commencer par quelque chose”, proclamait Picasso en 1935. Ce n’est ni la première fois ni la dernière que l’immense artiste s’exprimera sur le sujet. Il laissera même parfois entendre que, selon lui, l’art abstrait n’était que décoration. Il pourrait donc sembler curieux que l’exposition ­présentée aux Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles, en collaboration avec le Musée national Picasso-Paris à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de l’artiste, ait choisi l’abstraction comme thématique. Et pourtant…

En réalité, Pablo Picasso a toujours été lié à l’abstraction, dont il a été l’une des grandes sources, explique Michel Draguet, le directeur du musée bruxellois. À l’exception de Kandinsky, toutes les pionnières et tous les pionniers de la peinture abstraite se sont d’ailleurs appuyés sur la démarche de Picasso. Qu’il s’agisse de Malevitch, de Vladimir Tatline, d’Olga Rozanova ou encore Piet Mondrian.” Picasso, dit-il, “franchira la ligne” régulièrement, tout en refusant d’y céder totalement. Ce mouvement de balancier entre abstraction et “quelque chose de plus figuratif” se retrouvera souvent dans sa carrière, explique Joanne Snrech, la conservatrice responsable des peintures au Musée national Picasso-Paris. Une démarche clairement visible notamment dans L’arbre (1907), une œuvre étonnante. Tous les éléments constitutifs d’un arbre sont présents mais dans un agencement et des déconstructions tels qu’il n’est pas identifiable.

Un atelier de peintre doit être un laboratoire. On n’y fait pas un métier de singe, on invente”, dit Picasso qui a investi de nombreux ateliers. Il y a pioché des curiosités et d’autres “trésors de poubelles”, partout, tout le temps. Tout est élément à décomposer, à détourner, à associer pour devenir ­peinture.

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Au-delà du factuel

Dans l’expo présentée aux Musée royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, l’on touche au plus près le mode de création de Picasso. Ou pas, car Picasso ne se laisse enfermer dans rien. On voit par exemple, dans ce parcours d’une grande densité, comment il ­collecte des pièces de “l’art nègre” comme on appelle alors les arts traditionnels d’Afrique subsaharienne, d’Océanie ou d’Égypte. Il y puisera largement le vocabulaire et en saisira instinctivement l’essence, dépassant toujours le factuel et l’anecdote.

En 1912, Picasso achète avec Braque un masque provenant de Côte d’Ivoire. Étrangement, la puissance de l’objet le stimule à créer une série de… guitares. Ce motif offre à Picasso un jeu d’analogie avec le corps humain, ce qui séduit les surréalistes lorsqu’il y associe tissus, cordelettes ou clous.

Dans les années de guerre, il recourra encore à l’écriture abstraite, comme dans La cuisine, une œuvre tout en grisaille, inspirée par les tragédies du moment. On le voit, le parcours présenté à Bruxelles est original, étonnant et d’une grande densité. On laissera à Michel Draguet le soin de conclure. “Nous n’avons jamais défini de manière univoque le concept d’abstraction pour lui conserver cette fluidité expérimentale qui en fait une des ­composantes de Picasso”.

Violon et feuille de musique, 1912

Deux partitions pour piano et voix sont à l’origine de ces papiers collés avec feuilles de musique. Pablo Picasso était fasciné par les notes et la forme des instruments. Il aimait se rendre chez les luthiers et collectionnait des guitares, des violons. Il les démontait et les remontait pour en tirer des formes géométriques que l’on retrouve dans nombre de ses tableaux.

picasso

© Succession Picasso / Agence photographique de la Réunion des Musées

Jusqu’au 12/2/2023. Musées royaux des Beaux-Arts, Bruxelles. www.fine-arts-museum.be

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