Entrez dans le rêve surréaliste de Miró à Mons

Dans une belle exposition agencée comme un trip onirique, contournant les clichés surréalistes, le BAM traque les moments de grâce dans l’œuvre de l’artiste catalan. Et comme il y en a beaucoup, cela fait un bien fou.

Miró
Maquette de foulard, 1964. © Succession Miró / SABAM Belgium 2022

On ne dira jamais assez les bienfaits d’une visite au musée lorsqu’il s’agit de calmer ses angoisses et de s’éloigner de la neurasthénie ambiante. C’est une bonne raison pour aller à Mons découvrir l’exposition consacrée à Miró…  Plonger dans l’atmosphère de ce parcours permet de faire un pas de côté face au bruit du monde jamais avare de mauvaises nouvelles, mais particulièrement prodigue ces derniers temps. Même si les œuvres présentées ici nous ramènent – et heureusement – aux mille questionnements sur le sens de l’existence, mieux vaut, pour un instant, y être confronté par d’autres images que celles du JT.

Figure centrale de l’histoire du surréalisme (André Breton disait de lui qu’il était “le plus surréaliste d’entre tous”), le Catalan Joan Miró est entré au panthéon de la peinture grâce à une grammaire du trait extrêmement personnelle et une vision on ne peut plus recherchée de la couleur. Les motifs de Miró – des lignes, signes, cercles, symboles – renvoient à l’origine de la peinture. Des silhouettes, des corps, des paysages et des visages résumés à leur plus simple expression dont on trouve les mêmes traces dans l’art pariétal qui semble être la base des ­recherches du peintre – le fondement de la construction d’un ­univers reconnaissable au premier coup d’œil.

Toiles, bronzes et céramiques

Ce rapprochement avec l’art des cavernes n’est que le premier d’une longue série qui sert de fil rouge à l’exposition du BAM. Imaginé comme une promenade initiatique (nul besoin d’être un expert pour se sentir concerné et touché), l’itinéraire de Mons tente de mettre au jour les connexions entre l’œuvre de Miró et les grands courants de l’histoire de l’art. Derrière la transgression du geste surréaliste, il s’agit de montrer combien le travail de Miró se rattache au passé. L’expo est rythmée par plusieurs dispositifs numériques qui s’attachent à déconstruire certains tableaux pour mieux en révéler la composition et les influences. On verra, par exemple, des motifs repérés dans Le jardin des délices de Jérôme Bosch que Miró, dans une sorte de sampling pictural assez inédit, emprunte pour les glisser dans des toiles signées dans les années 20. Qu’il s’appuie sur les principes picturaux du fauvisme ou du cubisme, qu’il se réfère à la peinture de la Renaissance ou à la calligraphie japonaise, Miró démontre qu’il ne vient pas de nulle part. Né à Barcelone en 1893, il a la ferme volonté de s’inscrire dans la continuité d’une histoire plus grande que lui, mais à laquelle il ne craint jamais de se mesurer. Mort à Palma de Majorque en 1983, il trouvera sa place comme représentant du surréalisme dont il est une star, produisant des tableaux d’une grâce ultime. Ces tableaux sont autant de visions de territoires oniriques, de paysages intérieurs – même si la violence du monde réel (la guerre civile d’Espagne par exemple) s’invite parfois dans ses toiles.  Des toiles de funambules qui nous interrogent sur notre capacité à éduquer notre regard au-delà des conventions esthétiques et des canons de la beauté.  C’est sans doute cette liberté de ton et de mouvement qui produit ce trait – signature de l’artiste -, jamais spontané, ni improvisé, mais au contraire très recherché, voire étudié.

Tout avait pourtant commencé dans la plus grande tradition du portrait. On verra en entrée de l’expo le Portrait d’une danseuse espagnole datant de 1921 et d’un style classique… Tout avait pourtant démarré dans les règles les plus strictes de la figuration. On découvrira plus loin Mont-Rong, le pont – un paysage de 1917 où rien ne laisse encore présager la révolution que le peintre s’apprête à incarner… Les tableaux, les dessins, les gouaches forment le noyau d’un ensemble complété par des céramiques et des bronzes, évoluant du plus spectaculaire (Œuf de mammouth en 1956, Tête en 1975) au plus discret (les petits vases de 1962, merveilles de modernisme prêtées par la Fondation Maeght). Et comme pour souligner la présence de celui qui disait vouloir “assassiner la peinture”, des livres et des cartes pos­tales venus de son atelier sont là pour témoigner d’un esprit en perpétuelle réflexion.

Femmes

Quelques traits, comme des signes, des couleurs comme une signature, c’est toute la poésie d’un univers en équilibre qui se présente à nous. Cette gouache et aquarelle date de 1965, apogée d’un style ­parfaitement maîtrisé.  L’exposition du BAM est la première consacrée à l’œuvre de Miró en Belgique depuis 1956, date à laquelle il investit le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.

Miró

© Succession Miró / SABAM Belgium 2022

Les oiseaux de proie foncent sur nos ombres

Cette œuvre excentrique et unique a été réalisée en 1970 sur une peau de vache… Elle figure la technique du dripping chère à Jackson Pollock (gouttes et jets de couleurs obtenus par à-coups), et préfigure certains motifs d’inspiration primitive. Des représentations de signes et de symboles qu’on retrouvera plus tard, dans les années 80, dans la peinture de l’Américain Jean-Michel Basquiat.

Miró

© Succession Miró / SABAM Belgium 2022

Portrait d’une danseuse espagnole

En 1921, encore loin de son système pictural ­personnel, l’artiste catalan signe cette huile sur toile. Impressionnant et majestueux, le tableau a longtemps fait partie de la collection de Pablo Picasso, ami proche et soutien de Joan Miró. Il est exposé à Mons grâce à un prêt du Musée Picasso de Paris où il est conservé.

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Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau/ © Succession Miró / SABAM Belgium 2022

Figures devant la lune

Gracile et en équilibre, ce pastel et ­gouache remonte aux années 40. Il témoigne de la perfection technique avec laquelle l’artiste envisage la poésie.

Miró

© Succession Miró / SABAM Belgium 2022

Tête de grand musicien

D’inspiration cubiste, cette toile de 1931 ­évoque les recherches sur la couleur du ­peintre. Le propos de la grande exposition de Mons tente d’explorer l’œuvre de Miró en ­contournant les clichés et les lieux communs véhiculés à son propos, certains historiens hésitant même à le qualifier de surréaliste ou d’abstrait tant son univers pictural est ­personnel.

Miró

© Succession Miró / SABAM Belgium 2022

Miró – L’essence des choses passées et présentes, jusqu’au 8/1/23.
BAM, rue Neuve 8, 7000 Mons. www.bam.mons.bewww.visitmons.be

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