Flags, l’exposition hyper originale sur la portée symbolique et politique du drapeau

Dans une exposition originale et grand public, la Fondation Boghossian explore la thématique des drapeaux. Une invitation à réfléchir à la portée des discours nationalistes d’hier… et d’aujourd’hui.

exposition flags à la villa empain
Les printemps perdus 03, Mounir Fatmi, 2011. © Blaise Adilon

De l’actu à l’Histoire. De l’Histoire à l’actu

L’exposition rassemble des œuvres qui, à travers les époques, mettent en scène le drapeau, emblème premier d’un État, mais aussi étendard de revendications ou pavillon militant. L’ensemble est traversé par un propos géopolitique qui évoque la question du nationalisme et interroge la notion d’identité territoriale.  De Picasso à Marcel Broodthaers, ces œuvres d’art font écho à une actualité où les populismes donnent de la voix dans le concert des nations et où les idées d’invasion et d’annexion reviennent faire entendre le chant de la guerre. Comment doit-on regarder tous ces drapeaux? Ces bannières qui ont accompagné d’importants épisodes de l’Histoire et qui, aujourd’hui encore, inspirent les artistes dans leur volonté de manier, pour mieux les décrypter, les couleurs nationales. Parmi les pièces présentées, cette sérigraphie d’Andy Warhol, Moonwalk, qui rend hommage à Buzz Aldrin, premier homme sur la Lune dont l’exploit est signé par l’implantation du drapeau américain sur le sol lunaire.  Comme un point d’exclamation de l’Histoire…

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© Bridgeman Images

Le drapeau, symbole de victoire

Signée Joe Rosenthal, la photo montre six hommes de l’armée américaine dresser la bannière étoilée sur l’île japonaise d’Iwo Jima en février 1945. Si l’image est entrée dans l’Histoire, c’est parce qu’elle place au-dessus de tout, et au-dessus des hommes, l’emblème de l’Amérique, point de mire d’un certain idéal démocratique. La controverse qu’elle a suscitée est aussi célèbre que la photo et pointe le photographe qui aurait mis en scène ce moment jugé historique.

La fête du sentiment national

Produite en 1906, La rue pavoisée, toile du peintre français Raoul Dufy, saisit l’ambiance du 14 juillet dans une composition qui ne compte pas moins de six drapeaux français dont un, au centre, attire toute l’attention. Car le drapeau, symbole ultime du sentiment national, est aussi un objet de fête qui, à ses heures, envahit et sature l’espace public.

Du printemps arabe

Créée en 2009 et baptisée Printemps perdus, cette installation du plasticien franco-marocain Mounir Fatmi met en scène les vingt-deux drapeaux des pays de la Ligue des États arabes. Certains, comme les drapeaux tunisien et égyptien, sont accrochés à des hampes en forme de manches de brosse. Du balai, semble dire l’artiste, commentant à sa façon la chute de Ben Ali en Tunisie et celle de Hosni Moubarak en Égypte. Un détournement du symbole national – malin et provocateur.

Le fétichisme patriotique

Trublions de l’art contemporain, les Londoniens Gilbert et George ont souvent manipulé le motif et les couleurs de l’Union Jack pour le vider de son sens patriotique et en faire un élément décoratif dans des œuvres moins innocentes qu’on ne le pense. Par ce duo qui aime frôler le blasphème, le travail de détournement du drapeau britannique est aussi un statement contre l’injonction sociale selon laquelle il faut aimer et respecter les couleurs nationales.

Enjeux, puissance et broderie

En 1971, l’artiste italien Alighiero Boetti signe cette mappemonde reflétant la situation géographique de l’époque. Les frontières sont délimitées par les couleurs des drapeaux de chaque pays, un travail ultra-minutieux (il faut le voir de près) réalisé selon la technique de la broderie. Une image des enjeux géopolitiques du début des années 70 confectionnée à Kaboul par des brodeuses afghanes…

Flags. Jusqu’au 22/1/23. Fondation Boghosian – Villa Empain, avenue Franklin Roosevelt 67, 1050 Bruxelles. www.villaempain.com

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