Les Rencontres d’Arles: les expositions à ne pas manquer

Le miracle s’est rejoué. La ville s’est retransformée en musée vivant où les Rencontres de la photographie rappellent tout ce qu’expriment les images. Notre sélection.

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Boris Heger. Site de distribution de nourriture, Abata, Soudan, 2006. © CICR

Dans cette ville d’Arles qui ressemble à une carte postale du Sud, avec plus de 40 expositions réparties en une vingtaine de lieux, il y a de quoi trouver son bonheur et à de nombreuses ­reprises, pauses apéritives et gastronomiques comprises. Après deux ans perturbés par le Covid (dont une annulation en 2020), cette 53e édition du ­festival fait un bien immense. Même si elle n’est sans doute pas la meilleure.

Après avoir repris l’an passé le travail de Sam Stourdzé (désormais à la Villa Médicis), Christoph Wiesner, le nouveau directeur des Rencontres, a développé sa première programmation. Féminisme, diversité, écologie (what else?), les thèmes de l’année sont aussi ceux du jour. Sans doute un peu trop, même si ce qu’on perd en surprise est souvent compensé par ce qu’on gagne en profondeur et en inventivité. On peut notamment s’amuser des jeux autour de l’intelligence artificielle et des deep fake, ces manipulations quasi indécelables de l’image qui permettent par exemple de surprendre Trump, DSK ou Berlusconi en plein orgasme pendant leurs discours (Magnifique agonie). Et s’il manque sans doute une grande exposition fédératrice (Sabine Weiss l’an passé, Helen Levitt en 2019), on se réjouira de voir se multiplier des récits très personnels mais pour la plupart liés à un sentiment fort d’appartenance à une communauté et à ses combats. Au moment où Instagram et la consommation d’images standardisées dominent notre quotidien, ces expressions à la fois intimes, liantes et collectives redéfinissent heureusement une certaine perception de la beauté et de l’espoir.

Jusqu’au 25/9/2022. www.rencontres-arles.com (une application gratuite et pratique est disponible).

Horreurs de la guerre, malheurs de la paix

600 clichés pour marquer, de 1850 jusqu’à aujourd’hui, l’histoire de la Croix-Rouge, une invention humanitaire sans égale. 600 images de victimes et de dévouement signées par des anonymes ou de grands photographes (Salgado, Capa et l’agence Magnum) qui veulent témoigner, sensibiliser, révolter. Cette vaste exposition montre toutes les nuances des tragédies humaines. Les horreurs de la guerre, mais aussi avant l’Afrique, des famines anciennes en Russie ou aux Pays-Bas, des catastrophes naturelles, des accidents industriels et le malheur ordinaire à être sous la mauvaise latitude.

Un monde à guérir, 160 ans de photographie à travers les collections de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Mon histoire, ma bataille

Parmi les dix projets sélectionnés, deux se détachent. Pour Je ne supporte pas de te voir pleurer (prix du jury), Rahim Fortune est revenu dans sa ville natale, accompagner l’agonie de son père. Il se replonge dans son histoire ­personnelle et dans ce sud des USA meurtri après la mort de George Floyd. Brut, digne et poignant à la fois. Des mots qui caractérisent aussi Mika Sperling et son prix du public. Je n’ai rien fait de mal est le récit protéiforme d’un inceste (des photos de famille où ne subsiste que la silhouette du grand-père, des images de sa propre fille, un texte d’une rare subtilité où elle accable son grand-père mais dit aussi cet amour de petite-fille, incompréhensible autant qu’irrépressible).

Prix découverte Louis Roederer 2022.

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Avec l’aimable autorisation de Sasha Wolf Projects et de l’artiste Rahim Fortune. Billy et Minzly, 2020.

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Avec l’aimable autorisation de Mika Sperling.
Mika Sperling. Dans ma chambre, 2000.

Tronches d’Amérique

Immense photographe anglais établi à New York, Paul Chapman présente neuf confrères moins reconnus mais ultra-talentueux. Ils décortiquent les États-Unis d’aujourd’hui à leur manière toujours différente, toujours épatante. Espaces, natures, portraits, clins d’œil, noir et blanc, recherches esthétiques ou documen­taires… Impossible de se lasser. Dans l’énergie du moment, on peut même en profiter pour visiter les ­collections du Musée Arles antique qui accueille l’exposition (buste de César, statue d’Auguste, mosaïques et bateau de 31 m quasi intacts).

Et pourtant elle tourne.

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Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de MACK

Back is beautiful

À Arles, il ne faut évidemment pas manquer les espaces LUMA, pour la tour spectaculaire de l’architecte Frank Gehry, pour leurs expositions (dont le génie contondant d’Arthur Jafa dont il ­faudra vous reparler) et aussi pour leurs contributions aux Rencontres de la photographie. On a ainsi droit à une vaste et magnifique rétrospective de James Barnor, photographe ghanéen de désormais 93 ans (il commente son travail dans un documentaire final), témoin de l’éveil du Ghana (remugles coloniaux et indépendance, mu­sique high life en scène ou sur pochettes, beautés noires…) comme des sixties à ­Londres (Mohamed Ali, Queen Elisabeth, mode black et couples mixtes). Passionnant et étonnant autant que réjouissant.

James Barnor – Stories. Le portfolio (1947-1987).

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Avec l’aimable autorisation de l’artiste
James Barnor. Sophia Salomon, fille du propriétaire de James Barnor, Accra,
circa 1972.

Une avant-garde féministe

Les quelque 200 photographies et documents signés de 73 artistes femmes de la collection Verbund (Vienne) réclament du temps. Ils donnent une vue exceptionnelle des combats féministes des années 60-70, mais dans une approche plus historique qu’artis­tique (malgré Cindy Sherman, ­Martha Wilson ORLAN…). On peut compléter cette longue visite par l’exposition Babette Mangolte et ses captures de l’avant-garde de l’époque (performances, danse ­contemporaine, Einstein On The Beach) et surtout par les recherches formelles de Bettina Grossman.

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Avec l’aimable autorisation de The Estate of Ana Mendieta Collection, LLC / Galerie Lelong / Collection Verbund, Vienne
Ana Mendieta. Sans titre (verre sur empreintes corporelles), 1972.

En Inde 1978-1989

Dans le très beau site de l’abbaye de Montmajour (à 10 minutes en voiture d’Arles), on retrouve les traces grand format des multiples séjours de Mitch Epstein en Inde. Le photographe new-yorkais fut l’époux et le collaborateur de la grande réalisatrice Mira Nair (Salaam Bombay!), c’est dire la complicité et l’intimité qu’il avait développées pendant une décennie avec ce pays (“il m’est impossible de résumer en quelques mots ce qu’il m’a apporté”).

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Avec l’aimable autorisation de Black River Productions, Ltd. / Galerie Thomas Zander / Mitch Epstein
Mitch Epstein. Ahmedabad, Gujarat, Inde, 1981.

Phoenix

On ne sait pas comment Noémie Goudal a fait, mais le résultat est bluffant. Dans la pénombre de l’église des Trinitaires, avec leurs trois mètres de haut, ses panneaux lumineux de végétations équatoriales ingénieusement entremêlées ont quelque chose de la fascination religieuse, quand ses films d’arbres et de décors en feu ou submergés tiennent de la prophétie écologique. Aussi beau qu’utile. (Jusqu’au 28/8 seulement.)

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Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Les filles du calvaire
Noémie Goudal. Extrait de la vidéo Below The Deep South, 2021.

Ritual Inhabitual

Chassés, martyrisés, méprisés, les Indiens Mapuches (le “peuple de la terre”) se battent depuis deux siècles contre les exactions chiliennes. Ils luttent pour leur culture et leur nature qui est aussi la nôtre puisque le Chili a adopté une production génétique de cellulose qui pourrait donner de mauvaises idées ailleurs (surtout en période de pénurie de papier). La démarche didac­tique du collectif Ritual Inhabitual (une Chilienne, un Français) s’accompagne de saisissants portraits à “l’ancienne” des héros mapuches d’aujourd’hui. À voir et à réfléchir.

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Avec l’aimable autorisation des artistes.
Ritual Inhabitual. Paul Filutraru, rappeur du groupe Wechekeche ñi Trawün, Santiago du Chili, 2016.

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