I Love Japan: "Une expo qui va plus loin que les clichés sur le Japon"

L’exposition événement I Love Japan à la gare des Guillemins à Liège nous offre une immersion inédite dans la culture et le quotidien nippons.  Zen, ludique, pratique et toujours didactique, elle séduira toute la famille.

I Love Japan expo
© I Love Japan

Manga, geisha, sushi, Goldorak, Pikachu, samouraï, bonsaï, arts martiaux, judo, cosplay, chrysanthèmes, cerisiers, kimono, mode, thé, jeux vidéo… Dans le désordre, cette kyrielle de mots et d’images nous reviennent spontanément en mémoire à la seule évocation du Japon. Pour autant, cette culture si singulière ne nous est pas aussi familière qu’on pourrait l’imaginer, même si certains de ses aspects font désormais partie de notre quotidien.

Après deux expos historiques, Toutankhamon, à la découverte du pharaon et Napoléon, au-delà du mythe, qui ont rencontré l’adhésion du grand public, Europa Expo s’investit cette fois à la gare des Guillemins, à Liège, dans “une exposition d’ambiance qui se veut résolument immersive et envoûtante et amènera les visiteurs au pays des rêves et des légendes” comme l’espère l’administrateur délégué Alain Mager. Fin connaisseur, Alain Mager rehausse ses propos en citant ce ­merveilleux proverbe japonais: “L’oiseau en cage rêvera des nuages”.

Pour rêver donc, commençons par emprunter le chemin de Torii, un élégant portail délimitant, dans la religion shinto, le monde profane de celui du sanctuaire. Et pourtant nous voilà, un peu plus loin, plongés dans la vie des geishas. L’occasion pour Édith Culot du Centre d’études japonaises à Liège de casser au plus vite un des clichés culturels largement répandus dans le monde occidental, concernant les geishas: “Elles ne sont pas et n’ont jamais été des prostituées. Le terme “geisha” fait référence à une personne maîtrisant les arts traditionnels, le chant, la danse, la musique, la poésie”. Aujourd’hui, elles portent toujours de luxueux kimonos, des coiffures ­travaillées, des maquillages artistiques. “On les croise encore dans certains quartiers de Tokyo et Kyoto.” On le comprend, dans ce parcours liégeois, il nous faudra refaire le point, d’étonnement en fascination, sur quelques autres de nos fantasmes et demi-vérités.

Hôtels capsules

Insolite pour le touriste, ce lointain Japon? ­Certes, et cela dès la sortie de l’aéroport, semble-t-il, quand le voyageur s’engouffre dans un taxi avec napperons en dentelle. À tous les coins de rue, des machines automatiques proposent des boissons fraîches. Pour se loger, le touriste ne choisira peut-être pas un de ces “hôtels capsules” présentés dans l’expo. C’est à Osaka en 1979 que se sont multipliés autour des gares ces logements essentiellement destinés à des hommes d’affaires “qui ont raté le dernier train pour rejoindre leur banlieue” nous explique-t-on. Pourtant si ces chambres sont si minuscules, elles ont l’avantage d’être bon marché et bien équipées. Ces espaces utilitaires, dont l’Occident a d’ailleurs commencé à s’inspirer, ne font que mieux apprécier une autre spécialité nipponne: leurs fameux ­jardins.

hotel capsule au Japon

© I Love Japan

Huit millions de dieux

À travers quelques reconstitutions embléma­tiques, l’expo nous mène ainsi près d’un espace, composé de mousse, rocs et graviers avant de nous inviter, loin de ces jardins zen, dans une rue très animée au cœur même de Tokyo, et plus loin, dans la section réservée aux “Dieux & divinités”. On nous y rappelle que le Japon est parfois nommé le pays “aux huit millions de dieux”, parmi lesquels Inari, le dieu du commerce, finement identifié par un renard. Les étudiants préfèrent sans doute Hachiman, le dieu du savoir. Le bouddhisme occupe également une belle place dans le quotidien nippon. “Tous ces bouddhas, bodhisattvas et kamis coexistent pacifiquement” nous fait-on remarquer. Ceci n’empêche pas les arts martiaux de fleurir. Au cours du temps, ces arts de combat, légués par les samouraïs, se sont mués en disci­plines ouvertes à tout individu.

Thé et tofu

Dans une évocation du Japon, pas moyen d’échapper à la cérémonie du thé, le chanoyu. Bol, fouet et bouilloire à l’appui, la poudre de thé a vocation de nous garder “éveillés” lors de ­longues séances de méditation, même si cette pratique est bien plus profane de nos jours. Du thé, on passe à la cuisine japonaise inscrite au Patrimoine de l’Unesco. Dès le VIIe siècle, les religions interdisent de tuer les créatures vivantes, sauf les animaux marins. À la mode désormais en ­Occident, cette cuisine utilise donc légumes, algues, soja, tofu et shiitake (champignons).

Dans ce parcours, où l’on croise parfois en vitrine de discrets documents venus du Musée de Mariemont, bien d’autres thématiques sont encore évoquées dans une atmosphère tamisée. On songe à l’ikebana, l’art floral si sophistiqué qu’il ressemble parfois à une sculpture. Ailleurs, on découvre les arts du pinceau, la calligraphie, les céramiques dorées.

De Ozu à Kurosawa

Les démarches artistiques modernes et contemporaines ne sont pas oubliées, le cinéma avec ­Kurosawa, le réalisateur des Sept samouraïs, Ozu (Les gosses de Tokyo), Oshima (L’empire des sens), Kore-eda (Nobody Knows)… Au Japon, où artistes et artisans se confondent, les ateliers textiles ont influencé des créateurs de renommée internationale, tels Kenzo Takada ou Issey Miyake. Les ­prestigieux maîtres du design japonais contemporain – tout en minimalisme – sont également évoqués. Et encore le phénomène “cosplay”, pratique dans laquelle une personne enfile un costume (“cos”) pour incarner (“play”) un personnage de fiction lors de rassemblements.

expo I Love Japan

© I Love Japan

Lolitas et Nintendo

Les “Lolitas” portent par contre carrément à l’extérieur leur tenue originale voire provocante. Leur représentation – Sweet Lolita, Classical Lolita, Gothic Lolita – est une des scènes les plus interpellantes de l’expo liégeoise. Et l’on n’y coupe pas, si le Japon est le vivier d’une littérature d’exception, peu représentée dans l’expo, il est aussi le cœur vif de la console Nintendo, de Super Mario, de la Playstation, et du jeu vidéo 3D… D’ailleurs, au fur et à mesure que l’on se rapproche de la fin du parcours, les sons montent. Dans cet ultime espace, une série de jeux et de machines clignotent et vibrent. Pour le plus grand bonheur des petits… et des grands. Loin de toute zen attitude.

I LOVE JAPAN. Gare TGV-Liège Guillemins. www.europaexpo.be

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