Redécouvrir la beauté des arbres

Après le méga-succès du livre La vie secrète des arbres, un film et trois expositions poursuivent le travail de conscientisation sur l’urgence à sauvegarder cet axe vital à notre écosystème.

arbre
Black River Productions Ltd/Mitch Epstein, courtesy Thomas Zander, Cologne. Collection Astrid Ullens de Schooten, Bruxelles. Mitch Epstein, Weeping Beech, Brooklyn Botanical Garden II, 2011.

On ne pense pas trop s’avancer en affirmant que les arbres sont là depuis toujours. Sauf que… Dans les villes et les centres urbains, les arbres font tapisserie, on ne les voit pas. Le long des avenues ou ailleurs, les arbres sont abattus et personne ne s’en émeut. Dans les parcs ou les squares, les arbres sont malades, périssent et meurent à la vue de tous. Sauf que…  Tout ça, c’était hier. Les comités de quartier dégainent les pétitions dès qu’on envisage d’effacer du paysage des arbres. Groupement citoyen, le Collectif pour les arbres et la biodiversité scrute la gestion écologique des arbres en forêt, en ville et aux pourtours des villes. À l’automne, la Wallonie et Bruxelles mettent désormais à l’agenda la Semaine de l’arbre visant à conscientiser sur le patrimoine arboré. On pourrait poursuivre l’énumération et démontrer que la tendance semble se vérifier: l ’arbre est de retour. Il est au centre de nos ­préoccupations écologiques et de notre désir de sérénité, activé ou réactivé par la crise sanitaire qui aura au moins servi à s’interroger sur nos priorités en termes de bien-être.

Ingénieure agronome, à la tête d’Aliwen, bureau d’études et d’expertise des arbres en ville, Murielle Eyletters confirme cet intérêt pour le monde des branches encore récemment malmené par les tempêtes. “Depuis quinze ans, moment où j’ai créé mon bureau d’études, il y a clairement eu une prise de conscience sur les arbres, commente-t-elle.   À l’époque, l’arbre était considéré comme un élément du mobilier urbain, une chose sans histoire alors que les arbres ont vu passer les calèches! À l’époque, on me disait que ça n’avait pas d’importance, que si un arbre était malade, il fallait le couper et le remplacer par un autre. Aujourd’hui, je constate que les architectes, les urbanistes et les ­promoteurs immobiliers imaginent leurs projets en se penchant sur l’arbre comme plus-value. Depuis 2010, des mouvements citoyens se sont créés, notamment à Bruxelles, pour la défense des arbres de certaines avenues, et  la tendance s’est accélérée avec la crise sanitaire et le confinement. Les gens se sont rendu compte de l’importance des arbres, surtout après avoir vécu plusieurs canicules contre lesquelles les arbres – de l’ombre à la fraîcheur – ­peuvent jouer un rôle.

Comme un arbre dans la ville

Cet arbre qui, déjà en 1972, se plaignait, empruntant la voix de Maxime Le Forestier, précurseur écolo cool qui chantait: “Comme un arbre dans la ville. Pour pousser je me débats. Mais mes branches volent bas. Si près des autos qui fument. Entre béton et bitume”. Cet arbre qui, en 2022, fait l’objet de toutes les attentions: sujet de livres (le récent Dictionnaire amoureux des arbres d’Alain Baraton, Les arbres insolites de Belgique de Roland Delaite), de best-sellers (La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben vendu à plus d’un million d’exemplaires à travers le monde et devenu le missel des amis des arbres), vedette d’un film – Le chêne et ses habitants qui est sorti en salle mercredi passé – et au centre de pas moins de trois expositions. Arbres-Troncs au Musée de la Photographie de Charleroi montre le travail conceptuel de Zoé van der Haegen sur l’évolution de la réserve naturelle de Kalmthout en Campine anversoise. Réputée pour sa mise en valeur de la photographie contemporaine, la Box Galerie de Bruxelles expose Quelques arbres remarquables, une sélection d’images où l’arbre est la cible privilégiée. Toujours à Bruxelles, dans l’immense espace du Hangar Art Center, lui aussi exclusivement dédié à la photo, on peut voir une spectaculaire exposition – In The Shadow Of Trees – épatant tour du monde de l’arbre.

Leur poésie et leur santé

C’est une constatation tirée d’une étude de l’université de Yale – sur Terre, il y aurait 385 arbres par habitant – qui a guidé la Box Galerie dans le montage de cette exposition montrant le travail d’une vingtaine d’artistes dont l’arbre est l’un des thèmes favoris. L’arbre solitaire de Sarah Moon, l’arbre au-dessus de la montagne de Franck Christen, l’arbre surplombant la mer de Toni Catany, les arbres jumeaux de Bernard Descamps, les palmiers de balcon de Sven Laurent, l’arbre brisé de Mark Steinmetz.  L’ensemble (une cinquantaine de ­photograhies) résume l’attention portée à l’arbre comme motif poétique, mais pointe aussi la tradition paysagiste comme marchepied à la réflexion écologiste. “Beaucoup de publications vantent l’arbre comme nécessaire à la santé mentale – notamment celles de Plante & Cité, un organisme d’ingénierie de la nature en ville”, commente Murielle Eyletters.

Au Hangar Art Center, In The Shadow Of The Trees nous place devant le théâtre de la forêt – lieu de mythologies ancestrales, poumon de notre écosystème, plaque tournante de toutes les peurs et de toutes les fascinations.  Ici, les arbres des contes de fées se déshabillent, dévoilant les grandes questions philosophiques sur leur absolue nécessité, mais aussi les grandes interrogations contempo­raines sur leur survie.  Des communautés invi­sibles des forêts de Finlande photographiées par Terje Abusdal aux habitants de la forêt amazonienne, mis en scène par Pablo Albarenga dans un dispositif d’accouplement entre l’homme et la nature, en passant par les arbres impressionnants et oubliés de New York, immortalisés par Mitch Epstein, rappelant combien cette ville quadrillée de gratte-ciel possède de précieux vestiges arborés. À côté de la poésie – sublime – du pêcher de Terje Abusdal qui photographie l’arbre comme dépositaire de son deuil, on trouve le reportage d’Éric Guglielmi sur les travailleurs des forêts du Cameroun, du Congo et du Gabon.

Cette promenade dans ce parc immense travaille l’esprit au point de se demander comment se portent les arbres que nous croisons tous les jours. “Chez nous, nous n’avons pas de maladies comme dans le sud de la France – le chancre coloré du platane qui fait mourir des milliers d’arbres, conclut Murielle Eyletters. Mais nous sommes quand même en présence de nouvelles maladies: la chalarose – maladie du frêne – et deux maladies du marronnier – une touchant les feuilles et qui n’est pas très grave, et une bactérie qui attaque les vaiseaux conducteurs de sève provoquant des suintements noirs, des fissurations du tronc et qui peut faire mourir les jeunes arbres. Grâce à des mesures assez strictes, la pollution atmosphérique n’influence pas trop la santé des arbres, en revanche l’imperméabilisation des sols est l’une des grandes préoccupations environnementales du moment. À partir du moment où on bétonne tout… On l’a encore vu avec les inondations de cet été, dont l’une des causes est le ruissellement de l’eau qui ne s’infiltre pas dans les sols, cette eau de pluie qui ne s’infiltre pas et qui donc ne nourrit pas les racines des arbres…

QUELQUES ARBRES REMARQUABLES, jusqu’au 12/3.  Box Galerie, chaussée de Vleurgat 102, 1050 Bruxelles. 02/537.95.55. www.boxgalerie.be

IN THE SHADOW OF TREES, jusqu’au 26/3. Hangar Art Center, place du Châtelain 18, 1050 Bruxelles. 02/538.00.85. www.hangar.art 

ARBRES-TRONCS, ZOÉ VAN DER HAEGEN, jusqu’au 15/5. Musée de la Photographie, avenue Paul Pastur 11, 6032 Charleroi. 071/43.58.10. www.museephoto.be

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