Fernando Botero s’expose à Mons

Il ne reste que quelques jours pour observer Botero au BAM de Mons. Une expo qui s’inscrit dans une programmation de blockbusters qui tente de mixer la vie du musée à la vie de la ville.

botero s'expose
Danseuse à la barre, 2001. Huile sur toile. © Fernando Botero

Maître de la peinture et de la sculpture, le Colombien ­Fernando Botero (89 ans) est l’invité d’automne au BAM qui poursuit une politique de ­programmation assez séduisante.  Depuis une dizaine d’années, après des expositions qui ont fait événement, Xavier Roland, directeur du BAM, croit plus que jamais que les portes d’un musée doivent s’ouvrir à tous.  " L’idée est d’articuler la vie du musée à la vie de la ville, explique-t-il. C’est une évolution du musée des Beaux-Arts qui devient musée de société. Notre mission n’est pas seulement d’exposer, notre mission relève de l’engagement politique. Quand nous exposons Botero, nous mettons en valeur la dimension populaire de son œuvre – c’est un artiste qui a été influencé par les muralistes et par l’art folklorique. Botero illustre cette volonté d’inclusion de notre société. " Sans compter que les injonctions de beauté – si d’actualité aujourd’hui – sont remises en question par le peintre-sculpteur depuis longtemps, lui qui met en valeur des corps ronds et forts connus pour casser les canons esthétiques du système des Beaux-Arts. " Cette iconographie chère à Botero s’inspire de l’art précolombien, mais elle interroge nos représentations du corps et nos points de vue sur l’apparence, rebondit Xavier Roland. Ce qui nous intéresse c’est de nous arrêter sur une œuvre et de lancer des débats. "

Dans une continuité qui aligne – tout de même – Keith Haring, Andy Warhol, Gérard Garouste, David LaChapelle, Niki de Saint Phalle, Roy ­Lichtenstein, le BAM met en évidence des artistes très connus dont l’identité visuelle très marquée sert de porte d’entrée à un public pas spécialement initié, mais extrêmement curieux.  "Le musée est un lieu de réflexion, et ces artistes abordent une série de thématiques – le corps, la rue, le consumérisme, la religion – qui traversent la société ", poursuit Roland. Une programmation qui, d’accrochage en accrochage, a imposé le petit musée de Mons sur le redoutable échiquier des négociations internationales. " Le nom de certaines grandes institutions comme le Centre Pompidou à Paris permet d’ouvrir toutes les portes. Pour nous, chaque prêt est une bataille et nous sommes obligés de présenter un projet culturel qui nous démarque des autres. Pour le moment, je discute avec le MoMA de New York, ça demande énormément d’énergie pour le convaincre et lui montrer que ce que nous voulons faire apporte un regard neuf. Cela nous pousse à être dix fois plus originaux. Ceci étant, après dix ans, nous ne devons plus défendre notre capacité à assurer la sécurité des œuvres prêtées. Et quand nous arrivons à attirer 85.000 visiteurs sur un événement de quatre mois – l’expo Warhol, l’impact sur les enjeux de la ville est important. "

L’expo Botero s’inscrit donc dans une success-story qui a compris le maillage intéressant à produire entre la vie culturelle et le quotidien de la ville – même si la moitié des visiteurs du BAM ne sont pas montois.  "Cinquante pour cent de notre public vient de Bruxelles et de Flandre avec des pics de fréquentation, y compris des publics de Mons et du Hainaut, lors du confinement où les musées sont restés ouverts, conclut Xavier Roland. Si nous avons perdu le public des écoles, nous avons acquis un public qui ne venait pas au musée – on l’a vu avec Lichtenstein. Reste à savoir si ce public sera fidélisé. Mais la pandémie nous a poussés à imaginer des choses nouvelles – comme l’invitation lancée au personnel soignant des deux hôpitaux montois qui, lors des visites, a créé une grosse émotion. C’est là aussi qu’on comprend l’importance de notre métier. "

Botero s'expose

© Fernando Botero

Les danseurs

Daté de 2002, ce pastel sur papier campe parfaitement l’univers de Botero dans sa recherche des marqueurs sociaux populaires. Cette scène de bal met en évidence l’un des plaisirs les plus prisés par les peuples d’Amérique du Sud, renvoyant à des archétypes inspirés de l’art précolombien, mais aussi à des personnages peints par les muralistes dont le plus célèbre – et le plus influent – reste le Mexicain Diego Rivera, époux de Frida Kahlo.

© Fernando Botero

Contorsionniste

Cette huile sur toile de 2008 prouve la ­dextérité d’un peintre qui d’un sujet hyper-illustratif (le cirque) fait une véritable ­composition qui joue malignement et ­doublement sur l’idée de l’équilibre – celui du tableau et celui des personnages.

© Fernando Botero

Tremblement de terre

Produite en 2000, cette toile montre une autre facette de l’univers de Botero qui, lorsqu’il ne convoque pas les créatures inspirées de son amour pour Goya, Vélasquez ou Picasso, peint des paysages. Malgré son style naïf, celui-ci immortalise une scène de tremblement de terre en Colombie, terre de catastrophes.

Fernando Botero – Au-delà des formes, jusqu’au 30/1/22. BAM, rue Neuve 8, 7000 Mons. 065/33.55.80. www.bam.mons.be

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