Europalia: visite guidée

Avec plus de septante projets autour des trains et des gares, Europalia Trains & Tracks promet de belles rencontres. Expo phare, Voies de la modernité ouvre les festivités aux Musés des Beaux-Arts à Bruxelles.

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Paul Delvaux, Train du soi, 1967. Une des oeuvres de l’expo Voies de la modernité. © Paul Delvaux

Le 5 mai 1835, c’est de Bruxelles vers Malines que démarrait, sous les flonflons de la fête, le premier train à circuler sur le continent européen. Il y a 175 ans, Bruxelles et Paris seront les premières capitales à être reliées par le chemin de fer. Aujourd’hui, le TGV fête ses 25 ans. Pour toutes ces raisons, Europalia consacre son festival au train. Résolument axé sur le monde artistique, le festival propose un programme autour des gares, lieux de rencontres et d’échanges. On y chantera, on y dansera. On rêvera dans les musées d’Anvers à La Louvière, on lira dans les trains, on y écoutera de la musique. Sans nostalgie. Même si pour mieux appréhender le futur, il faut parfois jeter un œil dans le rétroviseur.

C’est ce que fait l’expo inaugurale de l’événement, aux Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles, sous le titre évocateur de Voies de la modernité. À côté de Monet avec sa fameuse Arrivée du train de ­Normandie, gare Saint-Lazare, ou pas loin de Gino Severini, évoquant, en 1915, un Train blindé (qui évoque la Première Guerre mondiale et annonce les futures déportations vers les camps de la mort), on découvre aussi Fernand Léger, ébloui en 1912 par la géométrie d’un Passage à niveau.  Également au casting, le Belge Servranckx exalté par le machinisme et Chirico qui peint un train sous les arcades d’une place turinoise. Tout ici raconte comment le train a été à la fois source d’inspiration, d’enthousiasme, d’espoir et parfois d’angoisse, pour les artistes, fascinés, mais pas toujours dupes, par le changement, par le mouvement et par la possibilité de nouvelles approches esthétiques de notre univers.

Sur le parcours, d’une belle richesse et variété, qui demande de prendre son temps pour découvrir notamment des œuvres parfois moins célèbres, plus rarement exposées, l’on rencontre encore aux Beaux-Arts, entre art et publicité, de belles affiches sur les locos et le rail, dont celles géométriques d’un Cassandre, glorifiant en 1927 non plus la seule puissance mais aussi l’esthétique du fameux Nord-Express. Bien sûr, une expo sur les trains se devait d’y intégrer Magritte, et encore l’envoûtant Train du soir de Delvaux. Spilliaert est là aussi, avec cette mystérieuse Dame dans le train, seule et pensive dans un compartiment obscur. On sourit aussi notamment devant la magnifique maquette de Fiona Tan, représentant un village, où poussent des légumes à côté d’un train qui passe. Charmant, tout cela, presque enfantin? À y regarder de plus près, le crash n’est pourtant pas très loin. Le train, la machine, sa vitesse ne seraient-ils plus, pour cette artiste de notre temps, tout à fait idyllique? Serait-ce une petite mise en garde?

VOIES DE LA MODERNITÉ, jusqu’au 13/2/22. Musées royaux des Beaux-Arts, rue de la Régence, 1000 Bruxelles. 02/508.32.09. www.fine-arts-museumwww.europalia.eu

Et puis le reste… 

Arts visuels, architecture, danse, musique, littérature, le festival Europalia Trains & Tracks est d’une vivifiante richesse. Dans un programme très surchargé, voici nos conseils de visites. 

Orient-Express Revenant des États-Unis où il découvre les spleeping-cars inconfortables, l’ingénieur belge Georges Nagelmackers crée de luxueux trains de nuit. Après Paris-Vienne, ce train roule vers Constantinople au cœur de l’Empire ottoman. Témoin d’une société industrielle florissante, ce train vers l’Orient devient rapidement mythique. Au Train World, cette fascinante histoire est racontée par François Schuiten, auteur des Cités obscures. Jusqu’au 17/4/22. Train World, gare de Schaerbeek, 1030 Bruxelles.

Endless Express L’art contemporain s’invite sur la ligne Ostende-Eupen, la plus longue du pays. Sept femmes artistes interpellent les voyageurs des gares. On admirera notamment près de Bruxelles-Midi la sculpture haut perchée de Laure Prouvost. Émouvant aussi, à Verviers-Central, Another Town, Another Train – installation cinéma développée par Chloé Malcotti avec les enfants d’ouvriers de Seraing. Sur les quais de Bruges et de Louvain, Machinalia de Che Go Eun renvoie au romantisme des premières locos à vapeur. Jusqu’au 13/2/22. Dans les gares de la ligne Ostende-Eupen. 

Rinus Van de Velde: Inner Travels À Bozar, l’autre expo phare d’Europalia. Célèbre artiste flamand, Rinus Van de Velde s’y mettra en scène autour de grands dessins au fusain pour évoquer ses voyages intérieurs, dialoguant avec des œuvres de Bonnard, Munch… Du 18/2 au 15/5/22. Bozar, 1000 Bruxelles. www.bozar.be

Romans de gare, danses, performances… Divertissants et dépaysants, les romans de gare ont longtemps eu la cote. Six écrivains et écrivaines sont invités à écrire leur version du roman de gare et à la lire à l’Antwerp Central Station et à la gare de Liège-Guillemins. ­Thomas Gunzig en sera. “Le plus intense de mes souvenirs de train est lié aux départs en colonie. Je détestais ça!”, prévient-il. Les halls de gare inspirent aussi breakdancers, performeurs et chorégraphes dont Boris Charmatz et Mohamed Toukabri. Meet the Author, le 13/2/22. Anvers et Liège.

EUROPALIA ARTS FESTIVAL: TRAINS & TRACKS, jusqu’au 15/5/22. Programme complet: www.europalia.eu

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