William Klein: le photographe qui a fait de la rue un studio

La belle expo bruxelloise du Botanique - 5 Cities - montre le génie d’un homme qui a posé un regard unique sur New York, Rome, Moscou, Paris et Tokyo. À découvrir dans une scénographie somptueuse.

Klein Illustration

Américain exilé à Paris où il s’est initié à la peinture en fréquentant l’atelier de Fernand Léger, William Klein rentre à New York, en 1954, après huit ans d’absence. Soutenu par le magazine Vogue qui a repéré ses premiers essais photos, il a un projet bien précis: photographier la ville où il est né en 1928. Porté par un sentiment d’amour-haine, il capte jusqu’à l’absurde tout le désordre, tout le chaos qui caractérisent alors Big Apple. Sans règles, sans interdits, sans limites. Très éloigné des préceptes de la photo documentaire à la Henri Cartier-Bresson en vogue à l’époque, le livre qui en sort, Life Is Good For You In New York, fait l’effet d’une bombe dans le monde de la photo.

Ses cadrages sont sauvages. Ses flous, ses distorsions sont assumés. À l’aide de son grand-angle, il se rapproche également de façon troublante de son sujet, de ces inconnus qu’il saisit au plus près dans la rue. La pub débridée qui s’affiche à New York, les néons qui s’entrechoquent à Times Square, la société de consommation, et même un môme pointant une arme, débarquent dans cette série de rue, hors du commun. 

Percutant et subjectif

D’abord décrié comme vulgaire, le style Klein, percutant et subjectif, s’impose bientôt, faisant de cet outsider l’un des pères de la street photography. Son bouquin séduit le cinéaste italien Federico Fellini qui, en 1956, l’engage comme assistant sur le film Les nuits de Cabiria. Le tournage est retardé, ce qui laisse à Klein l’opportunité d’explorer les moindres recoins de la Ville éternelle, la théâtralité des rues, les ados en Vespa, les clients des inénarrables salons de coiffure, les rires d’enfants auxquels se mêlent des photos de mode… Une publication en sortira, accompagnée de textes de Pier Paolo Pasolini. 

En 1959, ce sera au tour de Moscou de se faire tirer le portrait. “Je pensais qu’en tant qu’Américain pendant la guerre froide, j’aurais des problèmes. J’avais tort” dira Klein dont les clichés pris dans cette ville démentent les images largement  véhiculées par les médias occidentaux. Et comme toujours, de tous les “accidents” provoqués par ses prises de vues (papiers, grains différents, surexposition), Klein se délecte. Au Botanique, les images de ces trois villes – New York, Rome, Moscou, grands formats qui en jettent vraiment plein la vue – occupent tout le rez-de-chaussée. On peut également y voir Broadway By Light, le premier film réalisé en 1958 par William Klein, à qui l’on doit notamment quelques autres belles réalisations cinéma (Qui êtes-vous, Polly Maggoo? en 1966, Mister Freedom en 1969). 

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5 CITIES – WILLIAM KLEIN, jusqu’au 5/2. Botanique – Muséum, rue Royale 236,  1210 Bruxelles. www.botanique.be

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