Les Guggenheim font escale à Bruxelles

Collectionneurs passionnés, Solomon Guggenheim et sa nièce Peggy ont marqué la scène artistique pendant trois décennies. Une odyssée à revivre avec Rothko, Calder, Pollock et d’autres dans "Guggenheim Full Abstraction", à l’ING Art Center.

Les Guggenheim à Bruxelles_Prod

Lui, l’oncle, Solomon Guggenheim (1861-1949), c’est une personnalité forte. Après s’être occupé des florissantes affaires familiales, il se retire pour se consacrer, avec sa femme Irène, à sa passion pour l’art non figuratif. Il se fait aider par Hilla de Rebay, une artiste allemande, au goût très sûr et totalement dévouée. Sous ses conseils, il investit dans l’art abstrait. En 1937 naît ainsi officiellement la Fondation Solomon R. Guggenheim. Son but? Promouvoir cet art auprès du grand public. Il y apporte sa collection personnelle où cohabitent entre autres Paul Klee, Marc Chagall et plus de 150 tableaux et esquisses de Kandinsky. 
Elle, la nièce de Solomon, Peggy Guggenheim (1898-1979) a, à l’époque, près de quarante ans. L’âge où l’on prend soudain conscience du temps qui passe? Toujours est-il que depuis un an ou deux, elle, pauvre petite fille riche, privée à 14 ans d’un père sombré en mer avec le Titanic, elle qui a pas mal bourlingué et fait la   fête à Paris, New York, Capri, Saint-Tropez, avec des amis, des artistes et un paquet d’amant(e)s, elle qui a rencontré Marcel Duchamp, Hemingway, Samuel Beckett, sans oublier de se marier et de donner naissance à deux enfants, elle, si turbulente, excentrique, sensuelle et libertine, se dit qu’il est grand temps qu’elle accomplisse enfin quelque chose.

Peggy, une « art addict »

Baignant depuis son enfance dans un biotope culturel,  elle hésite entre la littérature et l’art. Ce sera l’art. En 1938, à Londres où elle a suivi un écrivain alcoolique dont elle s’est déjà lassée, elle crée la galerie “Guggenheim Jeune”. Avec détermination et sans doute une dose d’inconscience car, elle l’avouera plus tard dans une autobiographie livrée sans tabou, elle n’y connaissait pas grand-chose. “J’étais incapable de faire la différence entre l’art abstrait et le surréalisme” précisera-t-elle. Jean Cocteau et Marcel Duchamp, de bons amis, lui donnent des cours. Et elle expose coup sur coup Brancusi, Jean Cocteau, Kandinsky. “Guggenheim Jeune” devient une galerie reconnue. Et Peggy, une “art addict” assumée. 

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Tout est fait pour nous faire passer un moment précieux

Le palazzo Venier, la “maison” de Peggy Guggenheim, est constituée d’une succession de petites pièces, de chambres. Peggy y vivait littéralement entourée de ses collections. “On est dans l’intime”, explique Lucia Massimo Barbero, le curateur. L’échelle domestique a donc inspiré la scénographie, elle aussi divisée en dix salles, privilégiant la proximité avec les 60 œuvres puisées à la fois dans les collections de Solomon et celles de Peggy. C’est La boîte-en-valise de Marcel Duchamp, daté de 1941, qui accueille le visiteur. Elle contient en miniature ses œuvres principales et répond ainsi à l’invitation au voyage que se veut cette expo, entre l’Europe et l’Amérique, comme le firent Peggy et les différents courants artistiques qu’elle a soutenus. Pas loin de Duchamp, une toile de Max Ernst où apparaissent Peggy et les siens. Leonor Fini et Leonora Carrington ne sont pas loin. Les grands noms défilent: Matta, Clyfford Still.

Le noyau de l’expo se concentre sur l’expressionnisme d’après-guerre, Willem de Kooning, Sam Francis, Mark Rothko dont Peggy a très vite senti le potentiel, Robert Motherwell, Lucio Fontana et ses toiles trouées, Jean Dubuffet… Un autre temps fort est la magnifique sélection d’œuvres de Jackson Pollock, le maître de l’écoulement de la peinture (dripping), présenté sur fond bleu. Twombly, Stella sont là aussi. Et magiques, le long du parcours, accrochés au plafond, les mobiles de Calder! Visuellement, une expo très forte. Pour bien en profiter, allez en sous-sol parcourir une magistrale ligne du temps qui recadre tout cela. Un petit livret visiteur est prévu. Et pour initier les enfants, de nombreux ateliers sont organisés. Des extraits de films sont diffusés. Bref, tout est fait, et bien fait, pour nous faire passer un moment précieux.

GUGGENHEIM. FULL ABSTRACTION, jusqu’au 12/2. ING Art Center, place Royale 6, 1000 Bruxelles. www.inge.be/art

À lire: PEGGY GUGGENHEIM, UN FANTASME D’ÉTERNITÉ, Véronique Chalmet, Payot, 2009. Et le catalogue. En plus des œuvres, beaucoup de photos de Solomon, de Peggy et de sa bande d’artistes.

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