Liège, cité d’art ardente

Des Picasso comme s’il en pleuvait, mais aussi des Matisse, des  Braque… C’est le menu de l’expo 21 rue de la Boétie autour de la  collection Paul Rosenberg,  grand-père d’Anne Sinclair.

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  Le nouveau musée de la Boverie de Liège ouvre la saison avec une expo à grand spectacle, soutenue par une personnalité médiatique forte – Anne Sinclair – qui raconte l’itinéraire de son grand-père maternel, Paul Rosenberg, célèbre marchand d’art. Directrice du Huffington Post français, entrée dans la mémoire collective par ses pulls angora période 7/7, mais surtout par son aura professionnelle, la journaliste a fait le déplacement pour assurer la promo d’un événement inspiré par son roman familial dans lequel elle a déjà puisé pour écrire 21 rue de la Boétie, publié en 2012, juste après le gros du cataclysme médiatique provoqué par l’affaire DSK. Radar de l’avant-garde artistique des années 10, 20 et 30, Paul Rosenberg a ouvert sa première galerie à Paris en 1911, au 21 rue de la Boétie – adresse mythique qui donne également son titre à l’exposition.
Initié au marché de l’art avec son frère Léonce par leur père, expert en antiquités, Paul Rosenberg soutient Picasso,    Braque, Matisse, Léger – rien que ça – avec qui il entretient des rapports d’argent et d’amitié. Au fil du temps, le 21 rue de la Boétie s’installe comme le rendez-vous obligé des tendances picturales de l’avant-guerre. Le rayonnement du lieu est tel que son propriétaire ouvre une deuxième galerie à Londres en 1935. Son réseau d’influences le pousse à    s’intéresser à des artistes internationaux parmi lesquels  Nicolas de Staël ou Max Weber. Ses relations privilégiées avec les peintres lui permettent de constituer une collection qui tient, à la fois, de la caverne d’Ali Baba et du trésor national. Cette collection, qui aligne des milliers d’œuvres, est répartie un peu partout en Europe et aux États-Unis,     signal d’alerte d’un homme qui analyse l’atmosphère politique du moment comme irrespirable. En 1940, pour éviter l’affront du régime de Vichy et se soustraire à l’insulte antisémite, le marchand d’art s’exile avec sa famille à New York. C’est là, en 1948, qu’Anne Sinclair voit le jour… Beaucoup des pièces restées à Paris seront confisquées par les nazis durant l’Occupation, un cas parmi d’autres – mais quel cas! – qui forme la triste saga de la spoliation des biens des familles juives au temps de la guerre.
Héritière de la collection Rosenberg, Anne Sinclair – dont la mère fut modèle pour Picasso – s’est plongée dans les archives familiales pour dessiner le pourtour sentimental d’une histoire hors du commun où l’aventure artistique se mêle aux peurs de l’époque. Construite sur le livre de Sinclair, l’expo de Liège met en scène une sorte de best of de l’art moderne de la première moitié du XXe siècle. Une soixantaine d’œuvres du plus haut niveau signées Picasso, Braque, Matisse, mais aussi Auguste Renoir, Paul Gauguin, Edgar Degas, Ivo Saliger, Rudolf Otto, Marie Laurencin… Le tout est installé dans l’espace lumineux aux lignes épurées d’un endroit qui, grâce à son parc et à sa terrasse, mérite un long moment de flânerie.

21 RUE DE LA BOÉTIE, du 22/9 au 29/1/17. Musée de la Boverie,  parc de la Boverie, 4020 Liège. www.laboverie.com 

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