Zep aux tableaux

Après le groupe Air et le personnage Donald, le dessinateur prend les clés du Palais des Beaux-Arts de Lille, histoire   d’emballer son extraordinaire collection. Poilant et malin.

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La principale préoccupation des musées: mettre en présence un public A et une collection B. A étant souvent rétif, et surtout persuadé de savoir par avance ce qu’il va trouver en B. Cet été, au P.B.A. de Lille, on peut dire que A rencontre B, et que ça fonctionne. La raison, hormis l’incroyable qualité des œuvres  présentées, allant de l’Antiquité au cubisme, est sans doute à trouver dans la démarche initiée par son directeur, Bruno   Girveau. Depuis trois ans, chaque été, il donne carte blanche à des artistes stars pour mettre en lumière les œuvres du musée. Cette année, c’est à l’auteur de Titeuf et du Zizi sexuel qu’il a fait confiance.
L’auteur de BD, bien que très excité par l’idée, se souvient de cette proposition intimidante: “J’ai un peu hésité. Il faut   dire que Lille, c’est le lointain Nord pour moi (rire). Je voulais d’abord rencontrer ce mastodonte de musée! Je me           demandais ce que j’allais bien pouvoir faire avec mes petits dessins face ce    gigantesque bâtiment et ses Rubens de quatre mètres de haut!” L’idée est vite arrivée: par petites touches, en projection, les dessins de Zep s’animent et s’invitent en regard des toiles et des sculptures ancestrales, quand elles ne se projettent pas carrément dessus, créant un décalage, et un dialogue.
Il fallait oser, Zep l’a fait et assume: “Ces immenses artistes se sont cassé la tête avec la perspective et la composition. Souvent, les fruits des natures mortes pourrissaient à vue d’œil lors de la création des toiles… C’était une vraie galère! En plus, ils devaient raconter en images des histoires qui devaient être comprises, avec des corps pleins de poils et de sensualité, tout en naviguant entre censure religieuse et sociale. Je suis admiratif de ce travail et j’avais envie de leur rendre hommage, à ma façon.” Et la façon Zep, c’est celle du gai savoir, en deux temps: il nous fait marrer (son making of de La descente de croix de Rubens vaut le détour…) et puis, sans qu’on s’en rende compte, il ouvre une porte vers une envie d’en savoir plus.
Ce qui a guidé l’auteur de Titeuf, c’est la liberté: “Je me suis tout permis, face à des génies qui ont sacrifié leur vie à leur art. Je voulais aussi rendre hommage à ces œuvres issues d’un geste humain et unique, et que le passage de l’art contemporain a un peu fait oublier… Aujourd’hui, on s’en fout de savoir comment Jef Koons fait ses homards en acier, c’est dommage…” À croire que Zep a un œuf à peler avec l’art contemporain… En tout cas, c’est visiblement les grands classiques qui l’ont construit, il s’en souvient bien: “Quand j’ai débarqué aux Arts Déco dans les années 80, c’était la grosse loose de vouloir faire du figuratif, et pire encore de la bande dessinée… or c’est ce que je rêvais de faire. Plus tard, j’ai rencontré Bosch et Durer. Avant eux, je ne m’intéressais qu’à la BD. Avec les eaux-fortes de Durer, exécutées il y a 500 ans, je tombe de mon tabouret. Je les ai recopiées, encore et encore. Ce sont les musées qui m’ont appris qu’il y avait des artistes avant Franquin.” Ça valait bien un retour d’ascenseur, visiblement payant: 95.000 visiteurs qui ont la banane. Qui dit mieux?

OPEN MUSEUM # 3: ZEP. Jusqu’au 31/10. Palais des Beaux-Arts, Rue de Valmy 18Bis, 59000 Lille. www.pba-lille.fr

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