Sur la route de la Beat Generation

De New York à Tanger, l’expo parisienne du Centre Pompidou nous replace dans les pas des héros de ce courant littéraire qui fut le ciment de la contre-culture américaine. Focus sur ses héros.

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L ’expo est construite selon le principe du voyage cher à Jack Kerouac, l’auteur de Sur la route. Normal, les auteurs de la Beat Generation ont toujours eu la bougeotte. L’expo suit donc un itinéraire sentimental et historique. Il démarre à New York, là où est né le mouvement pour se poursuivre en Californie – Los Angeles, San Francisco -, là où il s’est déplacé, pour poursuivre au Mexique et à Tanger, là où il a migré en quête de produits plus forts encore et de sensations nouvelles. Partir à l’horizon, faire tomber les barrières, se retrouver dans l’autre et expérimenter les arcanes de la sexualité et des drogues, voilà quelques traits d’un romantisme que l’on pourrait taxer de pure utopie juvénile. C’était pourtant le quotidien de ces auteurs qui, dès la fin des années 40,    organisent leur vie dont ils font une œuvre, pulvérisant les normes et les      règles d’une Amérique menottée par le puritanisme et guidée par le racisme.
L’exposition du Centre Pompidou, qui croule sous les (très belles) photos d’époque, montre d’abord l’amitié tissée entre Jack Kerouac, William S. Burroughs, Allen Ginsberg, Neal Cassady – principaux héros de cette épopée littéraire que la presse de caniveau qualifiera de bandits de la société cherchant à pervertir la jeunesse américaine. Amateurs de musique (on entend ici et là dans le parcours parisien du be-bop et du Dizzy Gillespie dans ses moments les plus latinos), les auteurs beat poursuivent cette obsession d’offrir à leurs textes le rythme et la pulsion du jazz. D’où cette manie des   enregistrements à la scansion parfaite et des lectures publiques dont l’exposition rend compte à grand coup d’archives    sonores. En prélude – juste à droite en   entrant – n’hésitez pas à décrocher l’un des téléphones rétro formant le dispositif Dial A Poem de John Giorno, œuvre de 1968 sous forme de central téléphonique permettant à celui qui l’appelle d’entendre un poème…

Grands consommateurs de drogues – le plus junkie demeurant l’incorrigible William Burroughs -, les écrivains de la Beat Generation font grand cas de l’onde poétique procurée par les substances illicites. Cela donnera des textes hallucinés – Le festin nu de Burroughs est le plus connu – mais aussi des aventures amoureuses et sexuelles à travers lesquelles les frontières réglementaires s’estompent. Heurtant les valeurs traditionnelles d’une société patriarcale obnubilée par le consumérisme, cet anticonformisme servira de terreau à la contre-culture américaine, aux mouvements de contestation des campus et au décollage de la pensée hippie. On verra dans l’expo comment les idées de la Beat Generation contamineront la scène folk, la culture rock et même la politique écologiste.

La suite dans le Moustique du 17 août 2016

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