La magie du réel

On croit voir des photos mais c’est bien de peinture qu’il s’agit. Une rétrospective à découvrir au Musée d’Ixelles.

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Des pare-chocs en gros plan, des voitures américaines scintillant de tous leurs chromes, des flippers, du ketchup et des bonbons géants aux coloris délirants, des enseignes lumineuses. Pas de doute, nous voilà projetés dans le pays de l’Oncle Sam à la fin des sixties, dans la réalité de la culture consumériste, des médias et de la pub. Et tout cela par le seul biais de la photo? Eh bien non. “Nous sommes dans une sorte d’entre-deux. On pourrait être dans la photo, mais on est vraiment dans la peinture”, explique Claire Leblanc, la conservatrice du Musée d’Ixelles.

Retour aux États-Unis. Dès la fin des années 60, un groupe d’artistes, soucieux de représenter le quotidien, utilise la photo comme source de travail, en la reproduisant, sans émotion, à grande échelle sur une toile. Une recomposition de l’image qui atteint en finale une réalité comme on ne l’a jamais vue, plus réelle que le réel. Une “supra-réalité” qui sème le doute et amène finalement le spectateur à se poser la question de l’authenticité de l’image et de son  objectivité. Dans la droite ligne du pop art, ce mouvement rompt donc avec l’expressionnisme abstrait ou le minimalisme. Certes, les artistes photo réalistes ou hyperréalistes ont été critiqués, surtout en raison de cette méthode de travail. Quarante ans plus tard, le mouvement est cependant loin d’être éteint et a même fait de nombreux adaptes de ce côté-ci de l’Atlantique.

Soixante-sept œuvres de trente-quatre artistes ont été convoquées au Musée d’Ixelles pour mettre en scène trois générations de ces peintres hyperréalistes. Avec Ralph Goings et ses fast-foods, Robert Bechtle, Chuck Close, on est très clairement dans l’American way of life. Avec la deuxième génération (les années 80-90), le mouvement atteint le Vieux Continent, notamment avec Bertrand Meniel ou Anthony Brunelli. Influencée par la technologie numérique, la troisième génération, celle du 21e siècle, opte, tels Clive Head, Peter Maier ou Roberto Bernardi, pour des images encore plus précises et détaillées, nous donnant même à voir au-delà de ce que l’œil humain a la capacité de voir, que ce soit par exemple dans le paysage ou la nature morte. Et nous revoilà à nouveau confrontés à la question de l’authenticité en peinture, et à nouveau interpellés.

Dans l’expo, tout cela, on vous rassure, vous tombe dessus dans un grand tourbillon de couleurs et d’énergie, le plus souvent en formats XXL. Pour rappel, il y a deux ans, le même musée avait consacré une expo à l’Américain Duane Hanson, hyperréaliste lui aussi mais dans le domaine de la sculpture, et cela avait cartonné. Cela devrait le faire cette fois-ci aussi!

PHOTOREALISM. 50 YEARS OF HYPERREALISTIC PAINTING, jusqu’au 25/9. Musée d’Ixelles,  1050 Bruxelles. www.museedixelles.be

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