World wide Webb

Au Botanique à Bruxelles, le chaos du monde vu par l’Américain Alex Webb, virtuose de la photo couleur.

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“ En 1975, je me suis retrouvé dans une impasse” , explique Alex Webb, en introduction à la rétrospective que lui consacre le Bota. Jusque-là, le photographe américain, qui deviendra bientôt membre de la célèbre agence Magnum Photos, a essentiellement réalisé, en noir et blanc, un travail sur l’Amérique sociale, notamment dans les environs de New York. Sans être vraiment     satisfait. “J’avais l’impression d’explorer un territoire que d’autres photographes de rue comme Lee Friedlandler et Charles Harbutt avaient découvert avant moi.” Ce qui changera tout? Un voyage en Haïti, prolongé le long de la frontière du Mexique et des États-Unis. Il y découvre un monde d’une incroyable intensité émotionnelle. Et aussi les vibrations de la lumière et des    couleurs, comme inhérentes à la culture même de ces populations. Du coup, il revisite ses a priori contre la couleur en photographie, jugée jusque-là trop commerciale. Il en fait même le fondement de son écriture artistique. Une écriture complexe, qui fait ressortir la multiplicité des plans, en souligne la profondeur, amenant ainsi le spectateur à entrer dans la scène. Sa méthode? “Be patient and wait”, “soyez patient et attendez”. En clair, il choisit son cadre, ses plans, puis attend que les éléments de la vie s’y rassemblent et créent ce momentum, qui en fera une photo unique.

De voyage en voyage, en Afrique, en Inde, en Amérique, Alex Webb, intéressé par les lieux où les cultures se mêlent, témoigne ainsi, couleurs en contrepoint, dans sa série Crossings réalisée sur la frontière entre le Mexique et les États-Unis, des risques des traversées clandestines, de vies souvent chaotiques et misérables. Dans sa série Istanbul, City Of A Hundred Names, Webb, interpellé par cette ville, ancienne et moderne, où l’Est rencontre l’Ouest, se plonge dans les dédales de rues tortueuses, y captant la vibration des bazars à épices et des salons de thé enfumés, mais aussi les bateaux transportant des travailleurs sur le Bosphore, les rues encombrées de voitures européennes, les      pigeons s’élevant vers le ciel à l’heure de la prière. Son secret pour saisir cette vie au plus près? Toujours le même: “I’walk, I walk, I walk” insiste-t-il. Oui, marcher sans cesse, l’œil aux aguets comme le fait tout “street photograph”, tout chroniqueur de rue, ce qu’Alex Webb reste fondamentalement. Pour rappel, cette expo, percutante, s’inscrit dans le cadre de la biennale Summer Of Photography.
Paulette Nandrin
ALEX WEBB – THE SUFFERING OF LIGHT, jusqu’au 7/8.  Muséum du Botanique, 1210 Bruxelles. www.botanique.be  et www.summerofphotography.be

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