Weegee, l’homme qui mitraillait

Au Musée de la Photo de Charleroi, passionnante redécouverte d’une figure légendaire du photojournalisme.

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« Mon nom est Fellig, Arthur Fellig. Appelez-moi Weegee, merci ” disait ce fils d’émigrant juif, né en 1899. Un surnom qui deviendra sa véritable identité, et qu’il tamponnera au dos de chacune de ses photos, suivi du qualificatif “famous”. Famous, célèbre, Weegee le deviendra. Jusqu’à la légende, en faisant ce qu’il faisait le mieux: sillonner New York de nuit, se frotter aux faits divers, hanter bars et boîtes de strip-tease. Toujours le premier sur les lieux d’incendie, les scènes de crime, braquant son objectif sur les fêtards, les mafieux, les strip-teaseuses, mais aussi les victimes, les témoins horrifiés, les clochardes édentées, l’envers du rêve américain. Plus tard, il se servira aussi de l’infrarouge pour capter un marin embrassant son amie dans l’obscurité complice d’un cinéma.
De la complaisance dans ces clichés? Certes, on se pose la question en parcourant les quelque 118 photos (tirages d’époque), issues d’une collection privée, exposées au Musée de la Photo de Charleroi. Mais il ne faut pas longtemps pour ressentir la réalité nue, sans complaisance ni jugement moral. Toujours sur la balle grâce à la radio de sa Chevrolet branchée sur les fréquences de la police, une voiture dont le coffre lui sert de labo et de bureau (on en voit la photo dans l’expo), il construit en fait la chronique de la New York des années 1930 à 1950. Une œuvre, à peine recadrée, où les contrastes – sa “lumière Rembrandt” comme il disait – ont pour premier critère l’obsession du réel. La confirmation de son immense talent lui viendra en 1944 du monde de la photographie, du Museum Modern Art (MoMa) qui l’invite à faire une conférence, des galeries. Du cinéaste Jules Dassin qui reprend en 1945 le titre Naked City d’un livre de Weegee pour un film. Dans les années 50, ce photographe star deviendra même un temps consultant pour Stanley Kubrick. Mais son œuvre à lui est désormais derrière lui. Ce qui ne l’empêchera pas de rester jusqu’à sa mort en 1968 “Weegee the Famous”. 
Comme d’habitude, l’expo phare du Musée de Charleroi s’accompagne d’autres expos intéressantes:le travail très personnel accompli par Christine Plenus “sur les plateaux des Dardenne” ou la remise en valeur des photos de la tragédie du Bois du Cazier, dont on célèbre cette année le 60e anniversaire. On y reviendra.

WEEGEE BY WEEGEE, jusqu’au 4/12.  Musée de la Photographie, 6032 Charleroi.  www.museephoto.be

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