Les faux plus vrais que vrai de Jacques Charlier

Jacques Charlier inaugure une nouvelle ère pour le Mac’s en clashant le monde de la peinture. Réjouissant.

illu_12_immanq2

Etrange impression que celle dégagée par l’installation qui sert de point de départ à Peintures pour tous, la première expo proposée au Mac’s par Denis Gielen, son nouveau directeur. Le fil conducteur en est Peintures-Schilderijen, une galerie d’une quinzaine de tableaux signés Andréï Lajos, Roger Mersch, Régine Bertin, Takamatso Wanatabe et quelques autres. Des noms qui vous échappent? Pas question d’en rougir de honte, ces peintres n’existent que dans l’imaginaire de Jacques Charlier, un de nos plus grands artistes contemporains belges, qui les a tous inventés, créés. C’est lui qui, à chaque fois, s’est amusé à pasticher à travers eux les différents styles de l’art moderne: expressionnisme abstrait, futurisme italien, post-impressionnisme, abstraction géométrique, fractalisme, cubisme, maniérisme… Tous les « isme » y passent!

De toute évidence, le célèbre artiste liégeois, qui commença sa carrière à l’aube des sixties, dans la foulée du pop art et avec très vite comme comparse son aîné Marcel Broodthaers, oui, de toute évidence, Charlier, caméléon magnifique, joue ici à cache-cache avec le visiteur. Pour le simple plaisir de le piéger? Pas vraiment, pas seulement. Pour cet artiste, qui n’arrête pas d’interroger aussi la politique, les modes, les médias, il s’agit en fait, avec ces « tubes » de l’histoire de l’art, avec ce juke-box offrant une palette de choix au visiteur, d’égratigner non sans espièglerie l’enfermement que constitue souvent pour les artistes contemporains l’implacable marché de l’art, obligeant les créateurs, une fois reconnus et bien vendus, à reproduire sans cesse un style attendu, censé les définir. Pointer cela, c’est surtout pour Charlier amener, avec légèreté, le visiteur à s’interroger sur une société, la nôtre, où la manipulation est omniprésente.

Désarçonné et amusé à la fois par ces « faux » plus vrais que vrai, le visiteur l’est encore davantage dans la Chambre d’Ames, du nom du (vrai) ophtalmologiste américain Adelbert Ames. En regardant les autres visiteurs – qui s’y baladent – l’on a en effet l’étrange impression qu’ils grandissent ou rapetissent en fonction de leur position dans cette chambre. La perte de repères est troublante, tout en faisant bien rire. Proche d’un phénomène de foire, le dispositif se veut « une métaphore du pouvoir qu’a l’art de nous détourner de la réalité » explique l’artiste lui-même en rappelant que toute chose est toujours une mise en perspective. Visiblement, la devise de Charlier, par ailleurs « amoureux fou de l’art qui nous nourrit mystérieusement », pourrait bien être « qui aime bien châtie bien ». « Je pense que pour une institution muséale comme la nôtre, dit Denis Gielen, le nouveau patron du Mac’s, il est bon de temps à autre de pouvoir présenter un regard autocritique. » Voilà qui est joyeusement revigorant!

> JACQUES CHARLIER. PEINTURES POUR TOUS, jusqu’au 22/5. Mac’s, Grand-Hornu. www.mac-s.be

Sur le même sujet
Plus d'actualité