De Salvador à Dalí

Plongée initiatique, au cœur de Liège, dans l’univers d’un des plus fascinants artistes du XXe siècle, l’autoproclamé "fou congénital" Salvador Dalí.

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Un peintre d’exception, mais aussi un mégalomane narcissique, adulant l’argent et qui maîtrisait l’art de jouer avec les médias, telle est l’image que le public garde souvent de Salvador Dalí, le grand peintre espagnol, resté, malgré de longs séjours aux Etats-Unis, l’enfant de Figueras en Catalogne. Il y est né en 1904 et décédé en 1989, après avoir traversé toutes les avant-gardes du XXe siècle. Mais qui était vraiment cet artiste passionné par sa propre mise en scène? Un « people » avant l’heure? Un provocateur à la moustache conquérante, qui très jeune affirmait déjà: ”Je serai un génie, le monde m’admirera”? Un « fou congénital » selon ses propres termes? Ou était-il, avant tout, ce fascinant artiste qui, adhérant au surréalisme, créa parmi les plus saisissants tableaux du XXe siècle (La girafe en feu, La persistance de la mémoire, L’Angélus architechtonique de Millet…), ouvrant l’art pictural aux rêves et à l’inconscient?

Cerner cette personnalité complexe, c’est précisément l’objectif de l’expo De Salvador à Dalí présentée jusque fin août à la gare des Guillemins, là où la même équipe, celle d’Europa 50, avait fait revivre les Golden Sixties et plus récemment la Première Guerre mondiale (J’avais 20 ans en 1914). Cette fois, Europa 50 s’attaque donc au monument Dalí. Non pour en faire une expo d’art exhaustive, mais pour réaliser ce qu’elle fait le mieux: une mise en scène sur 2.000 m2, une « expo qui bouge » et dans laquelle le visiteur vit une expérience surréaliste. Les décors décalés (par exemple la voiture-jardin évoquant les happenings dont Dalí était friand) intègrent néanmoins avec bonheur 150 œuvres authentifiées (sculptures, huiles sur toile, gravures, mobilier, costumes) prêtées par des fondations et des collectionneurs privés.

En trois sections, le parcours analyse d’abord « Le poids de l’enfance » de ce petit Dalí, né neuf mois après la mort de son frêre aîné, et qui cherchera très tôt à se créer une identité propre. Ce traumatisme engendrera son obsession de la mort et son intérêt pour Freud et la psychanalyse. « L’empreinte du surréalisme » se concentre, ensuite, sur l’évolution artistique de Dalí, ses grandes œuvres, sa fascination pour la science. Il y est aussi question de Gala, son égérie, le tout accompagné de la diffusion de nombreuses interviews. Enfin, « Le tourbillon de la célébrité » met en scène la star bling-bling adorant « la pluie d’or » qui lui tombait dessus « comme une divine diarrhée », ce qui lui vaudra de la part du poète André Breton l’anagramme de « Avida Dollars ».

Cette promenade colorée, souvent amusante, et assumée comme pédagogique, où l’on croise aussi bien les cinéastes Luis Buñuel et Alfred Hitchcock que le poète Garcia Lorca ou l’ultra-sexuée star Mae West, devrait séduire (1.500 entrées enregistrées le seul week-end d’ouverture!) le grand public et aussi les jeunes, et même les amateurs d’art pour peu que ceux-ci n’attendent pas d’y croiser les grands tableaux iconiques de celui qui fut un incontestable artiste.

DE SALVADOR À DALÍ, tous les jours jusqu’au 31/8. Liège Guillemins/Gare TGV, 4000 Liège. www.expodali.be et 04/224.49.38.

BON À SAVOIR: contrairement à ce qui a été le cas pour la plupart des expos Europa 50, celle-ci ne sera en aucun cas prolongée, les œuvres prêtées devant impérativement être restituées à échéance. Avis aux distraits se laissant d’habitude surprendre par le temps qui passe! 

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