Saint Georges – Batman, même combat

Au Mac’s, L’homme, le dragon et la mort - ultime et brillante expo de Laurent Busine - revisite un mythe venu du fond des âges. Eblouissant

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Saint Georges terrassant le dragon et sauvant ainsi une princesse que la bête s’apprêtait à engloutir. La légende est née, semble-t-il, au IIIe siècle, sous l’empereur Dioclétien. Depuis, l’image de ce héros, tantôt affublé d’une cotte de maille, tantôt gracieux comme un dandy, n’a cessé de hanter l’imaginaire, surtout de l’Occident chrétien. Sculpteurs, orfèvres, peintres, graveurs, enlumineurs se sont emparés du mythe. La bête immonde n’a pas échappé, elle non plus, à quelques variantes, devenant par exemple, au retour des croisades, une sorte de crocodile à la bouche pleines de dents! « Quant à la représentation du combat entre Georges et le Dragon, nous en avons répertorié à peu près mille, et il y en a encore beaucoup d’autres », explique Laurent Busine, commissaire de cette expo avec Manfred Sellink, directeur du musée des Beaux-Arts d’Anvers.    

Guidé par l’envie de comprendre le sens de cette pérennité, Busine, arrivé à la retraite, signe ici sa dernière et brillante expo en tant que directeur du Mac’s. Sous le label Mons 2015 et pour cause (saint Georges y mène chaque année son fameux « combat  dit  Lumeçon »!),  le parcours  est passionnant. On y croise à la fois le reliquaire de Charles le Téméraire en or venu de la cathédrale de Liège, des gravures de Dürer, un tryptique de Michiel Coxcie, un médaillon en argent d’une guilde de Saint-Georges, un étrange et prestigieux tableau du Tintoret, venu de la  Gallerie dell’ Accademia de Venise, ou encore, plus modeste mais combien émouvant, ce Saint Georges de bois, rustique, déniché par les deux commissaires dans un village français. 

Et donc, pourquoi, tout cela, venu parfois de si loin dans le temps, nous touche-t-il encore aujourd’hui, même si le lien plus ou moins religieux avec le propos peut laisser indifférent? « Saint Georges incarne la possibilité de  l’homme de se dresser, seul, avec courage, contre le mal, explique Busine. Aujourd’hui, on le retrouve dans les figures de Superman, Spiderman, Batman et compagnie. Quand les mômes regardent cela au cinéma ou à la télé, c’est l’histoire de saint Georges qu’ils regardent, sans le savoir. »

Malgré une priorité accordée, en nombre de pièces, à l’art ancien, Busine pose donc un regard résolument actuel sur le propos. Comme le font aussi, et en toute transversalité, de grands artistes contemporains invités par Busine: David Claerbout, Luc Tuymans, Angel Vergara. Et aussi Giuseppe Penone et ses deux arbres à découvrir sur la pelouse du Mac’s: l’un couvert d’or et dressé vers le ciel et l’autre à terre, vaincu comme la bête. Pour combien de temps?

> L’HOMME, LE DRAGON ET LA MORT. LA GLOIRE DE SAINT GEORGES, jusqu’au 17/1. Mac’s, rue Sainte-Louise 82, 7301 Hornu. www.mac-s.be

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