Jeux de miroirs entre tableaux

Issus des collections de Liège et de Tournai, cent chefs-d’œuvre dialoguent et se répondent. De quoi rafraîchir le regard du visiteur.

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Qu’est-ce qui réunit au cœur de la Cité ardente deux collections, celles des Musées des Beaux-Arts de Liège et de Tournai? D’abord, selon le commissaire de l’expo Jean-Pierre De Rycke, le fait qu’elles se sont formées dans des conditions analogues: grâce à de généreux donateurs ou mécènes. L’autre justification à cette rencontre est la qualité des œuvres, signées par de grands artistes, Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Fantin-Latour, Picasso, Gauguin, Courbet, dont pas mal de grands Belges comme Van Rysselberghe, Constantin Meunier, Alfred Stevens, de Braekeleer…

Tout cela aurait pu aboutir à une « simple » plongée dans l’histoire de la peinture, à un parcours linéaire. Il n’en est rien. Tout en restant classique – pas de recours aux effets multimédias ni à une scénarisation spectaculaire -,   l’expo Jeux de miroir, présentée au BAL à Liège, parvient à capter l’intérêt du visiteur en regroupant cent chefs-d’œuvre donc, autour d’une vingtaine de thèmes: l’absence, le monde du silence, esprit es-tu là?, la halte des cavaliers, etc. Ainsi Le sorcier d’Hiva Oa de Gauguin et Le nain Don Pedro de Zuolaga, si différents dans leur apparence et leur traitement artistique, sont tous deux dotés de « pouvoirs mystérieux », ce qui les rend plus qu’inquiétants. Qu’est-ce qui réunit cette Femme au bonnet de Van Gogh et cette Jeune femme accoudée de Louis Anquetin, sinon une atmosphère de sombre mélancolie? Et entre La Parisienne japonaise d’Alfred Stevens et la Jeune fille au miroir de Constantin Meunier, quoi de commun? Sans aucun doute leur jolie nuque et l’intimité du regard porté par chacune sur elle-même dans le miroir. Sous l’étiquette « Famille rassemblée », c’est l’occasion de revoir une œuvre majeure des Beaux-Arts de Liège, La famille Soler, tableau à la tonalité froide de Pablo Picasso, opposé à cette famille hollandaise du XVIIe siècle jouant au Clavecin, tableau signé van Dalem. Le rapprochement entre le Portrait de Louis XIV par Charles Le Brun et le Napoléon Bonaparte Premier Consul de Dominique Ingres est évident. Ce sont des « Conquérants »! De ces œuvres de propagande, offertes l’une à Tournai, l’autre à Liège, serait née l’idée même de cette expo en forme de « jeux de miroir » ou de chassés-croisés dont la principale qualité est à notre sens de réveiller le regard du visiteur par des rapprochements inattendus, parfois même artificiels à première vue, et ce dans un parcours libre, dicté par les seuls questionnements de chacun. Après Liège, l’expo ira faire un tour à Tournai.

JUSQU’AU 13/9. Beaux-Arts Liège (BAL), Féronstrée 86. 04/221.89.51. www.beauxartsliege.be

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