Masques et mystères

Collectées au Congo par les jésuites, les parures portées lors des rituels d’initiation révèlent tous leurs secrets. Troublant.

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Au sud-ouest du Congo, chez les populations Yaka et Suku, les jeunes adolescents étaient autrefois préparés à leur vie adulte et circoncis lors d’une longue retraite en brousse. Ils y apprenaient à chasser, recevaient une éducation sexuelle, s’exercaient à danser avec les masques. Leur retour au village était ponctué par des danses publiques, les danseurs, masqués, s’identifiant aux ancêtres et à leur force vitale. Sculptés en bois ou constitués de raphia, polychromés ou entourés de paille, tous ces visages nous fixent de manière étrange, avec parfois deux traits pour seuls yeux, dans une des petites salles du musée BELvue.

Plus loin, le mystère vire à l’angoisse: terrifiants, les masques, rouges, géants, aux traits forcés, paraissent ici carrément reliés à des forces obscures. Ceux-ci sont réservés aux seuls « initiateurs », aux grands prêtres du rituel qui impressionnaient ainsi les futurs initiés, tout en leur assurant leur protection. Rassemblées dans un espace restreint qui n’en concentre que mieux tous leurs pouvoirs réels ou supposés, ces pièces sont d’une beauté saisissante. Elles ont été collectées au Congo entre 1910 et 1950 par des missionnaires jésuites, souvent passionnés et très érudits, puis envoyées en Belgique au siège de leur ordre à Heverlee  et au Musée de l’Afrique centrale à Tervuren, celui-ci étant chargé depuis 1998 de gérer l’ensemble de ces collections.  Fermé pour travaux, Tervuren organise en attendant sa réouverture en 2017, des expos dans des musées partenaires comme le BELvue. Petite par sa taille mais d’une émouvante beauté, celle-ci vaut vraiment le détour. D’autant que ces pièces n’avaient jusqu’ici jamais été montrées ensemble et pour certaines, jamais montrées du tout. – P.N.

> BAS LES MASQUES, jusqu’au 8/11. Musée BELvue, place des Palais 7, 1000 Bruxelles. www.belvue.be

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