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Cronenberg ausculte nos douleurs sur grand écran

Le cinéaste culte revient au body horror avec une fable existentialiste en forme de méditation sur la place de l’artiste.

Traçant des liens à vif entre le film d’horreur, les pulsions qui nous animent et les théories psychanalytiques, David Cronenberg (La mouche, Dead Zone, Crash…) ausculte de film en film nos douleurs sur grand écran. Dans Faux-semblants (1988), Jeremy Irons inventait des instruments gynécologiques pour “femmes mutantes” qu’un galeriste exposait. Le cinéaste reprend ici ce fantasme d’objets hybrides à la frontière de l’art contemporain et de la médecine, sous-tendant que le corps est la seule réalité.

Dans un monde où le rapport à la douleur a muté, on suit Saul et Caprice (Viggo Mortensen et Léa Seydoux, émouvants Adam et Eve du futur), un couple d’artistes-chirurgiens qui tatouent leurs propres organes, impliquant une possible mutation de l’humanité. Mais Cronenberg n’en est plus à l’enfance de l’art. Il contemple les recherches des deux artistes – mêlant greffes, lit-sarcophage à autopsie, incisions et pénétrations multiples – avec un humour mêlé de noirceur, imaginant deux employés du registre national des organes (dont une hilarante Kristen Stewart) qui s’initient à l’art radical tout en répertoriant les mutations.

Tandis que les performances excèdent nos tabous archaïques, inventant un érotisme limite (“la chirurgie c’est le nouveau sexe”, clame Caprice qui désire “être ouverte”, quelle que soit la manière), les crimes du futur se dessinent sur l’écran, prophétisant des enfants mutants mangeurs de plastique (ceux que nous fabriquons), nous obligeant à redéfinir notre humanité à travers l’autopsie sidérante de nos ténèbres.

Crimes Of The Future ****
Réalisé par David Cronenberg. Avec Léa Seydoux, Viggo Mortensen, Kristen Stewart – 107’.