Cinéma : Titane, Palme d’or historique

Sacrée à Cannes, Julia Ducournau signe un chef-d’œuvre gore, féminin et carrossé, ainsi qu’une pure histoire d’amour.

Titane de Julia Ducournau

Doublement historique – Titane fait entrer le film de genre à Cannes, sa réalisatrice est la seconde femme à recevoir la Palme d’or (en 1993 Jane Campion partageait sa Palme ex-æquo pour La Leçon de piano) -, la consécration ultime de Titane nous réjouit profondément. Découverte avec Grave, premier film iconoclaste, Julia Ducournau, 37 ans, remonte aux sources du cinéma de monstres, quelque part entre Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley et les “body horror movies”, et nous plonge dans la rencontre électrique entre une danseuse de tuning, serial killeuse greffée au titane (époustouflante Axelle Rousselle) avec un sapeur-pompier en quête de filiation, dopé à la testostérone (Vincent Lindon comme jamais vu).

Suivant la métamorphose d’Alexia, Titane se regarde comme un film mutant, un vrombissant engin de cinéma qui demande une acceptation totale du spectateur pour faire entrer les monstres en soi, comme sur l’écran. “C’est très émouvant pour moi que le film de genre soit célébré à Cannes, c’est un message fort pour toute une génération qui n’entrait pas dans un cinéma académique ou normé, c’est un message qui nous sort de la marginalité. Mais ce qui est récompensé c’est le genre du film et pas mon genre à moi”, précise Julia Ducournau de retour de Cannes.

Titane (qui se lit aussi comme la déclinaison féminine du Titan mythologique) donne à voir une féminité débridée et symbolique, à la mécanique cramée, dans un trajet épuré vers l’essence des êtres: “J’avais des envies de machineries et ça a été un travail très subtil avec mon chef opérateur (le Belge Ruben Impens – NDLR) pour ne pas être cartoonesque. J’ai voulu montrer deux êtres qui ont un besoin viscéral du regard de l’autre qu’on aime, quel qu’il soit, en dehors de tout que qu’il peut représenter. Montrer que des ténèbres peut affleurer la vérité pure de deux êtres.

Au fil de scènes ultra-corporelles (les deux acteurs réalisent leurs cascades eux-mêmes et le plateau de tournage était majoritairement féminin, notamment pour les scènes de nudité avec Agathe Rousselle), le film dégage une vérité hybride, mécanique, animale et monstrueuse mais dans le bon sens:  “Le monstre est un miroir de nous-mêmes. La créature de Frankenstein s’humanise paradoxalement dans la violence, c’est une version positive de la monstruosité qui m’intéresse et que je n’ai pas fini d’explorer”, rappelle Julia Ducournau. Filmant les corps comme des bagnoles (et inversement), elle permet à ses personnages d’échapper à toute forme de déterminisme (social ou sexuel) dans un effet libérateur littéralement titanesque qui mérite toutes les palmes.

Titane ****

Réalisé par Julia Ducournau. Avec Agathe Rousselle, Vincent Lindon, Garance Marillier  – 108’.

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