Festival de Cannes 2024: la parité des sexes en régression parmi les réalisateurs en lice

Comparé à 2023, la liste des réalisateurs sélectionnés au festival de Cannes est plus masculine cette année, notamment dans les catégories les plus prestigieuses.

Andrea Arnold à Cannes
La réalisatrice britannique Andrea Arnold, lors du festival de Cannes le 22 mai 2016 ©AFP or licensors

Le délégué général du festival de Cannes, Thierry Frémaux, l'a clamé haut et fort ce lundi: "Il n'y a pas de polémiques qui viennent du festival". Il ajoute même que les organisateurs se sont rendus compte de la multiplication des controverses l'année dernière et qu'"on a décidé de faire un festival sans polémiques". S'il y en a, "ça ne nous concerne pas", insiste-il encore.

Manifestement, le collectif 50/50 ne serait pas aussi affirmatif à sa place. Cette association française, qui promeut l'égalité des femmes et des hommes dans le cinéma et l'audiovisuel, a en effet comptabilisé le nombre d'hommes et de femmes présents dans les sélections de l'événement. Bilan: "la parité est loin d'être atteinte", constate le collectif. Pire: certains chiffres sont même en "régression".

Une baisse totale de 2% qui cache un effacement dans les grandes sélections

La baisse la plus notable concerne la catégorie la plus prestigieuse, celle de la sélection officielle. L'année passée , le collectif 50/50 avait recensé la présence de 28% de réalisatrices dans cette course à la Palme d'Or. En 2024, ce pourcentage est tombé à 20%. Il n'y aura en effet que quatre femmes en lice, à savoir la Britannique Andrea Arnold (Bird), l'Américaine Coralie Fargeat (The Substance), l'Indienne Payal Kapadia (All We Imagine as Light) et la Française Agathe Riedinger (Diamant brut). Face à elles, pas moins de 15 hommes seront présents.

Une autre catégorie phare, c'est la sélection "Un certain regard", et là aussi la tendance est similaire. Alors que les réalisatrices représentaient 37% de cette partie du festival en 2023, elles ne représentent plus que 33% du total aujourd'hui. Dans le détail, sur les 15 sélectionnés, seules six femmes ont été retenues, à savoir la Zambienne Rungano Nyoni (On Becoming a Guinea Fowl), l'Indienne Sandhya Suri (Santosh), la Grecque Ariane Labed (September Says) ainsi que les Françaises Louise Courvoisier (Vingt Dieux!), Lætitia Dosch (Le procès du chien) et Céline Sallette (Niki).

Le cinéma belge francophone se féminise mais la parité est encore loin d'être atteinte

Le même constat peut être fait ailleurs. Dans les "Séances spéciales" par exemple, il y avait trois femmes pour neuf places l'année passée. Aujourd'hui, elles ne sont plus que deux (les Françaises Yolande Zauberman et Claire Simon). Du côté de "Cannes Première", il y avait deux femmes en 2023 pour sept films présentés. En 2024, il n'en reste qu'une pour huit.

Il y a toutefois quelques petites améliorations sur le côté, notamment dans les catégories moins célèbres. Pour les "Séances de minuit", il n'y avait aucune femme en 2023. Il y en a désormais une (sur un total de quatre réalisateurs). Puis il faut noter la présence d'une femme à la tête du jury de cette année, à savoir l'Américaine Greta Gerwig. Mais cela ne suffit pas à combler le manque. Selon le collectif 50/50, sur l'ensemble des sélections, les réalisatrices ne représentent plus que 29% du total, contre 31% un an plus tôt.

Les réalisatrices ont encore du mal à percer le plafond de verre

" S’il n'y a pas d'obligation ou d’incitations financières dans notre société actuelle, très peu de gens jouent le jeu de la parité, de l'inclusion, ou de la diversité ", note auprès de France 24 Marine Longuet, assistante réalisatrice et membre du collectif féministe 50/50. Certains festivals se sont engagés à établir des sélections paritaires, " notamment des festivals de courts métrages, mais ça n’est pas le cas du festival de Cannes ", regrette-t-elle.

Elle fait aussi remarquer que si certains signaux sont positifs, comme la forte présence des femmes pour les courts métrages (au festival de Cannes, elles représentent 57% de la sélection "Semaine de la critique" pour cette sorte de films), d'autres sont plus inquiétants. Il reste notamment compliqué pour les femmes de réaliser leur second film, surtout pour des raisons financières, ainsi que des grosses productions. Tout cela sans compter la pression sociale à avoir des enfants et à s'en occuper, ce qui peut représenter un énorme frein à la réalisation de longs-métrages. Marine Longuet veut néanmoins croire que la présence à Cannes de réalisatrices emblématiques du mouvement #MeToo comme le signe qu'un avenir meilleur est possible.

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