Tár, un portrait de femme dominé par la sublime Cate Blanchett

Entre faux biopic et thriller dérangeant, Tár est le portrait d’une femme aveuglée par son art.

Cate Blanchett dans Tar
© Prod.

Lydia Tár, musicienne, prof et chef d’orchestre lesbienne est au sommet de son art. Elle s’apprête à enregistrer en public la 5e Symphonie de Gustav Mahler et à sortir une autobiographie. Malgré sa réussite, elle reste confrontée à un monde qui a du mal à considérer que ce métier puisse être exercé par une femme. Mais pour elle, seuls comptent la musique et l’amour (exclusif) pour son art. Lorsqu’un étudiant transsexuel refuse de jouer Bach parce que c’est un compositeur mâle, blanc et cisgenre, elle lui répond que ”le narcissisme des petites différences mène à une ennuyeuse conformité”.

Cette femme brillante et exigeante a quelque chose d’à la fois sublime et monstrueux. Mais puisque tout lui réussit, on célèbre son talent. Jusqu’au jour où sa vie se désagrège par petits morceaux. Des colis lui parviennent, des lettres, le même petit dessin se retrouve à la fois dans un livre et au dos d’un métronome qui se met à battre tout seul la nuit. Des signes inquiétants qui annoncent que son passé est en train de lui revenir en pleine figure. Todd Field (In The Bedroom et Little Children) ne signe ni un thriller, ni un biopic. Il emprunte seulement la grammaire des genres pour réaliser le portrait éclaté d’une femme guidée par sa seule passion et pour laquelle rien d’autre ne compte. Peut-on placer l’art au-dessus de tout? C’est la question au centre de ce portrait de femme dominé par la magnifique Cate Blanchett et dans lequel on retrouve l’atmosphère inquiétante de l’univers cher à Michael Haneke.

**** Réalisé par Todd Field. Avec Cate Blanchett, Noémie Merlant, Nina Hoss, Sophie Kauer, Julian Glover - 158’. 

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