Babylon, La guerre des Lulus, Les Cyclades... Les films à ne pas manquer (ou à éviter) au cinéma

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine au cinéma.

Babylon
© Prod.

Babylon

Dans La La Land, Damien Chazelle ne cachait pas sa fascination pour un certain âge d’or hollywoodien, celui des comédies musicales en toc, de Fred Astaire et de Ginger Rogers. Pour Babylon, film sur la fin d’un monde, c’est dans un classique de cet âge d’or qu’il a puisé l’inspiration. L’histoire qu’il raconte n’est rien d’autre qu’une déclinaison moderne de Chantons sur la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly, dont le scénario était basé sur la révolution qu’a représentée l’arrivée du son dans l’histoire du cinéma. Non seulement cette amélioration technique va transformer le travail sur les plateaux de tournage, comme le montre une scène hilarante du film, mais nombre de stars vont y perdre leur voix, au propre comme au figuré. À ce titre, le personnage de Jack Conrad, vieux beau à la moustache à la Clark Gable, offre le rôle le plus touchant du film à un Brad Pitt au mieux de sa forme. Pour lui comme pour beaucoup d’autres, le parlant va signifier la fin de leur carrière. Mais aussi la fin de cette insouciance, ­certes un peu vaine et souvent discutable, qui avait marqué le muet, au profit d’une industrie capitaliste où prédominera le cynisme.

On ne peut pas voir ce film sans penser à la nouvelle révolution que le cinéma est en train de vivre aujourd’hui, celle des plateformes. Les scènes que filme Damien Chazelle dans ces grands théâtres pleins à craquer, tant au parterre qu’au balcon, de centaines de visages tous aimantés par les mêmes images au même moment, qui crient, rient et pleurent ensemble, nous renvoient aux salles qui se vident peu à peu aujourd’hui. Babylone, c’est ici et maintenant, semble-t-il nous dire. - E.R.

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**** Réalisé par Damien Chazelle. Avec Brad Pitt, Margot Robbie, Diego Calva, Jean Smart, Jovan Adepo, Li Jun Li, Tobey Maguire – 189’.

Les Cyclades

Blandine se relève d’un burn out en retrouvant une amie qui décide de l’emmener en Grèce à Amorgos, l’île où a été tourné Le Grand Bleu. Mais tandis que Magali (Laure Calamy, tornade blonde, solaire et déchaînée) est ­restée l’ado de quatorze ans, Blandine (Olivia Côte) cultive sa revêche attitude. Leur rencontre avec Bijou (Kristin Scott Thomas, la soixantaine triomphante) vient souder le duo autour des promesses qu’on s’est faites à soi-même. Mais que dire de la féminité ­lorsqu’on est un homme aujourd’hui?

Nourri de personnages féminins forts (de Coup de torchon de Tavernier au Sauvage de Rappeneau), Marc Fitoussi (Copacabana, la série Dix pour cent) a eu envie de parler d’une génération, la sienne, “désenchantée, arrivée après la libération sexuelle et le sida”, à travers l’amitié entre femmes. “À part Thelma et Louise qui bascule très vite dans le drame, il n’y a pas beaucoup de références dans les films sur l’amitié féminine. Sous la proposition de comédie ensoleillée, j’ai voulu aborder les sujets qui sont les miens, la dissonance, l’intranquillité possible, les choix qu’on fait pour être heureux. Le personnage de Magali a fait le choix de la légèreté, mais sa fantaisie vire au malaise, elle n’est pas bêtement clownesque. Elle donne à croire qu’elle est ­heureuse par politesse envers les autres. Inversement, Blandine a trop vite cédé à la vie adulte. Tous mes films fonctionnent comme cela, autour de personnages qui recherchent leur part d’enfance.” Une comédie réjouissante et pas formatée au cœur de l’hiver, avec des actrices Stradivarius. - J.G.

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*** Réalisé par Marc Fitoussi. Avec Laure Calamy, Olivia Côte – 110’. 

La guerre des Lulus

Ancré à la frontière belge entre l’Aisne et la Somme, le nouveau film du Français Yann Samuell (Jeux d’enfants) est une “adaptation libre” des trois premiers ­épisodes (sur les douze que compte la série aujourd’hui) des bandes dessinées éponymes de Régis Hautière et Hardoc (Casterman), récits buissonniers de la Grande Guerre racontés depuis le point de vue de quatre orphelins (Ludwig, Lucien, Lucas et Luigi – auxquels s’ajoute la jeune Luce) soudain jetés derrière la ligne de front par une offensive allemande en 1914.

Quelque part entre La guerre des boutons, La grande vadrouille ou le plus moderne Jojo Rabbit, le film suit ce groupe d’enfants à la manière d’un conte initia­tique où l’on croise Alex Lutz en instituteur ou ­François Damiens en abbé – personnages symbo­liques d’un monde qui s’écroule. Mais pour le cinéaste, le personnage principal du film reste bien la Grande Guerre: “La Première Guerre mondiale a souvent été occultée par la Seconde, or à bien des égard elle a été plus cruelle. Les enfants ont été aux premières loges et je n’en cache rien. Ça a été la première guerre industrielle, décidée à des fins de partage de richesse, ça a été un moyen de museler les révolutions socialistes. C’est aussi la première fois qu’on fusillait les nôtres, la première fois que les officiers n’allaient pas au front mais envoyaient des paysans. Et puis ça a aussi été l’occasion d’une révolution féministe”. On dit donc oui à ce film qui raconte avec cœur la Grande Guerre à hauteur d’enfant. - J.G.


** Réalisé par Yann Samuell. Avec Isabelle Carré, Alex Lutz, François Damiens, Ahmed Sylla – 119’.

Operation Fortune

S’il tenait un restaurant, on pourrait dire que la carte de Guy Ritchie propose des plats classiques revisités à sa sauce. Son plus grand mérite consiste à bien choisir ses comédiens et à leur mettre en bouche des dialogues qui claquent. Pas à détourner son genre de prédilection : le film d’action. Difficile avec un comédien fétiche comme l’inexpressif Jason Statham qui fait parfaitement ce que l’on attend de lui. Opération Fortune, c’est Mission Impossible saupoudré de second degré. L’histoire (une équipe de " spécialistes " doit récupérer une valise contenant l’avenir d’un monde pire que le nôtre) importe peu. Seules comptent les apparitions délectables de Hugh Grant et de Josh Harnett. Et heureusement, elles sont légion. - E.R.


** Réalisé par Guy Ritchie. Avec Jason Statham, Bugsy Malone, Aubrey Plaza, Hugh Grant, Cary Elwes, Josh Harnett – 112′

Alcarràs

Dans le village catalan où sa famille tenait une exploitation artisanale de pêchers, Carla Simón reconstitue un clan, une famille de maraîchers peu à peu vaincus par l’installation de panneaux solaires sur leur terrain. Croisant les générations et les points de vue (des souvenirs de la grand-mère à la jeune fille qui danse sur du Rosalia), la réalisatrice impressionne par la qualité des ­scènes collectives ultra-naturalistes (scènes de fête de village, de cueillette, de grève de tracteurs ou de discussions politiques dans la fratrie qui tient la terre), élaborée avec un casting authentique de non-acteurs. Un film dédié “à ceux qui cultivent la terre” et qui a permis à la réalisatrice de ­remporter l’Ours d’or au dernier festival de Berlin. - J.G.


*** Réalisé par Carla Simón. Avec Jordi Pujol Dolcet, Anna Otín, Xenia Roset – 120’.

Mi Pais Imaginario

Patricio Guzman (La Bataille du Chili) documente l’embrasement social inédit qui s’est emparé de son pays (1,2 million de personnes dans la rue, plus de 400 personnes qui ont perdu un œil) en 2019. Depuis "l’étincelle" de la révolte (la hausse des tickets de métro) au processus de lutte pour transformer la constitution héritée de la dictature militaire de Pinochet (projet finalement rejeté en septembre 2022), le film montre l’explosion créative d’une jeunesse révoltée, féministe, écologiste et s’élevant pour la défense des droits des peuples indigènes (12,8% de la population) dans un pays encore très conservateur malgré son jeune président de gauche et la présence d’Elisa Loncon, première femme Mapuche présidente de l’Assemblée. Un grand documentaire politique, qui s’inscrit dans le "changement permanent" que demandait Salvadore Allende. - J.G.


*** Réalisé par Patricio Guzman – 93’.

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