Annie Colère, Pacifiction... Les films à ne pas manquer (ou à éviter) au cinéma

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine au cinéma.

Annie Colère
© Prod.

Annie Colère

Pour dépeindre à la fois le parcours d’Annie, mère de famille qui s’émancipe à travers la lutte pour l’avortement dans la France du début des années 1970, et une fresque politique sur l’aventure du MLAC, la réalisatrice ­Blandine Lenoir s’est basée sur la thèse d’une chercheuse (Lucile Ruault, Le spéculum, la canule et le miroir) qui décrit comment à l’époque, des non-médecins du MLAC ont pratiqué des avortements hors de la sphère médicale, à travers la méthode par aspiration. On y suit donc Annie (Laure Calamy) s’initiant peu à peu aux gestes médicaux que le film montre avec un regard social et bienveillant. “J’ai voulu montrer le geste médical comme un geste d’émancipation, analyse Blandine Lenoir. L’avortement reste un iceberg qui permet de comprendre les différentes injonctions qui continuent de toucher les femmes, leur sexualité et l’obligation de procréation.” En creux de l’acte d’avortement (que le film montre six fois, “plus que dans toute l’histoire du cinéma!”, dixit la réalisatrice), le film dénonce la mainmise patriarcale sur le corps féminin et distille avec tendresse la joie d’une libération collective pour un “événement” qui continue de toucher une femme sur trois. - J.G.


*** Réalisé par Blandine Lenoir. Avec Laure Calamy, Zita Henrot, India Hair – 120’.

Pacifiction

En espadrilles orange et costume crème, le regard fuyant derrière ses lunettes bleues fumées, un haut représentant de la République nommé De Roller (Magimel, grandiose) s’enlise peu à peu dans les sables de sa propre paranoïa. À partir de ce pitch qui a pour horizon l’effondrement d’un homme et la vacuité du pouvoir, le Catalan Albert Serra signe l’un des films les plus audacieux de l’année. En près de trois heures, il étire jusqu’au vertige la figure à la fois tragique et boursouflée de ce haut-commissaire de l’État français qui ­traverse réceptions officielles et boîtes locales en néocolon, tout en s’inquiétant des rumeurs d’essais nucléaires.

Portrait d’une République malade de son colonialisme moribond, le film suit, dans des décors polynésiens envahis de fantasmes occidentaux, l’absurdité de son antihéros, coquille vide qui enchaîne les tirades mégalos (“La politique c’est comme une discothèque, c’est une soirée avec le diable”) tout en se précipitant à l’aveugle vers sa chute. Entre séances de jet-ski et chasse nocturne aux sous-marins nucléaires, De Roller tutoie les autochtones, balance son néocolonialisme à mots feutrés, enchaîne les verres et s’enfonce dans la nuit de l’île, ivre de son propre pouvoir. Serra excelle à filmer un Magimel sur orbite, jouant avec l’aura d’un acteur revenu de plusieurs saisons en enfer, maîtrisant l’envers de l’imagerie exotique de Tahiti (des souvenirs de Tarita Teriipaia, ex-femme de Brando aux toiles de Gauguin) et révélant une pure apparition de cinéma: l’actrice trans Pahoa Mahagafanau qui seule scintille dans la nuit ­polynésienne. - J.G.


**** Réalisé par Albert Serra. Avec Benoît Magimel, Sergi López, Pahoa Mahagafanau – 165’. 

L'immensità

Toute existence offre une immensité de possibles. Sauf lorsqu’on est une femme, une épouse et une mère, et qu’on vit dans un schéma patriarcal. Rome, dans les années 70. Clara (immense Penélope Cruz) et Felice ne s’aiment plus. Mais se séparer n’est pas une option quand on a trois enfants. Histoire de leur donner le change, Clara a gardé un imaginaire et une énergie d’adolescente. Mais le monde des adultes sérieux considère son tempérament d’un mauvais œil. L’immensità est un film sur ces ­identités que la société étouffe et bafoue. Celle d’une mère à qui on va trouver de bonnes raisons de passer du temps dans un hôpital “pour aller mieux”. Celle d’Adri, son aînée (Luana Giuliani) qui a une âme de ­garçon enfermée dans un corps de fille et tombe amoureuse d’une jeune gitane. Bien qu’il affirme ne pas avoir centré son film sur l’identité de genre, ­le réalisateur Emanuele ­Crialese signe une œuvre qui s’inscrit résolument dans le temps présent, même si son récit se déroule il y a un demi-siècle. - E.R.


*** Réalisé par Emanuele Crialese. Avec Penélope Cruz, Vincenzo Amato, Luana Giuliani, Patrizio Francioni – 97’.

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