Living, Falcon Lake, M3gan... Les films à ne pas manquer (ou à éviter) au cinéma

La rédaction a sélectionné pour vous les nouveaux films à ne pas manquer... ou à éviter cette semaine au cinéma.

Bill Nighy dans Living
© Prod.

Living

Certains acteurs attendent toute une vie pour la consécration. On n’ira pas jusque-là pour Bill Nighy, dont la carrière basculait avec le succès de Love Actually de Richard Curtis, en parallèle de ses rôles récurrents dans Pirates des Caraïbes ou Harry Potter. À 73 ans le flegmatique acteur britannique livre ici la plus belle performance de son parcours, nominé aux Golden Globes pour le rôle de Mr Williams, un fonctionnaire des Travaux publics de Londres condamné par un cancer qui ne lui laisse plus que six mois à vivre. Mais comment apprendre à vivre lorsqu’on a toujours mené “une vie de zombie”?

Sous le double regard de Margaret (fantastique Aimee Lou Wood, la fausse idiote de Sex Education), jeune employée qui démissionne avant d’être happée par la monotonie du service, et d’un jeune novice, Mr Williams décide alors de mener à bien la restauration d’une aire de jeu pour enfants. Adaptation dans l’Angleterre d’après-guerre par Kazuo Ishiguro (Prix Nobel de littérature) d’un classique nippon d’Akira Kurosawa, Vivre nous bouleverse tant par son interprétation délicate que par la qualité de sa mise en scène.

Éclairé de ralentis puissamment esthétiques et de scènes d’une grande précision sur les contraintes sociales qui nous étouffent, le film d’Oliver Hermanus révèle une profondeur émotionnelle qui rappelle l’intensité morale des personnages des Vestiges du jour de James Ivory (écrit par Ishiguro) et donne envie de vivre, tout simplement.

**** Réalisé par Oliver Hermanus. Avec Bill Nighy et Aimee Lou Wood, Alex Sharp – 102’. 

Falcon Lake

Ex-présentatrice de la météo sur Canal+, née à Montréal, Charlotte Le Bon transpose le récit d’Une soeur, signé par le très controversé Bastien Vivès, de la Bretagne aux grands lacs canadiens. Loin des cases parfois désincarnées de la bande dessinée, Falcon Lake suit la rencontre sensible de Bastien et Chloé, treize et seize ans (Joseph Engel et Sara Monpetit, éblouissants de naturel) sur les bords d’un lac qu’on dit hanté par un fantôme. Le film décrit l’apprentissage du désir et des codes d’intégration à travers des groupes de jeunes plus âgés. Histoire d’initiation et vraie réussite.

À lire aussi : notre interview de Charlotte Le Bon

*** Réalisé par Charlotte Le Bon. Avec Joseph Engel, Sara Monpetit – 100’.

Joyland

Dans la grande ville de Lahore au Pakistan, le jeune Haider vit avec toute sa famille dans une maison communautaire, régie par les règles strictes d’une société ultra-patriarcale où la sexualité doit être enfouie. Un temps sans emploi, Haider parvient à trouver un rôle de danseur de cabaret dans la troupe de Biba, une danseuse et chanteuse transgenre à la vie mouvementée (éblouissante Alina Khan). Premier film pakistanais jamais montré au Festival de Cannes, Joyland montre comment l’étau patriarcal se resserre sur chaque personnage, même ceux qui semblent s’y conformer, avec un goût du cinéma usant des contrastes – le parc d’attractions Joyland n’étant que le revers des véritables drames qui se trament dans Lahore. À découvrir.


*** Réalisé par Saim Sadiq. Avec Ali Junejo, Alina Khan, Rasti Farooq – 126’.

Tempête

On doit à Christian Duguay, réalisateur musclé, l’intéressant film équestre Jappeloup avec Guillaume Canet. Avec moins d’élan mais sûrement autant de sincérité, le cinéaste récidive dans le film sportif où le cheval est aussi le prisme privilégié d’une étude familiale soudain marquée par un drame qu’on ne révélera pas ici. Adapté du roman jeunesse éponyme de Christophe Donner, Tempête porte le nom d’un cheval à la crinière blonde né sous le regard de Zoé (que l’on découvre à différents âges, et interprétée par Carmen Kassovitz à 17 ans), grandie avec les chevaux dans le haras de ses parents (naturels et émouvants Pio Marmaï et Mélanie Laurent). Ponctué de scènes de bravoure que le film passe comme autant de sauts d’obstacle (la double naissance de Zoé et du poulain, les scènes d’accident et de courses de trot), Tempête touche surtout par son histoire de résilience autour du handicap, dans laquelle le personnage de Kacey Mottet-Klein apporte une grâce inattendue.


** Réalisé par Christian Duguay. Avec Mélanie Laurent, Pio Marmaï – 109’.

M3gan

Suite à la mort accidentelle de ses parents, la petite Cady est confiée à sa tante Gemma, qui fabrique des jouets. Elle vient justement de concevoir une poupée révolutionnaire, plus vraie que nature et dotée d’une intelligence artificielle. Capable de tenir une conversation et de reconnaître l’enfant avec qui elle est connectée, elle se montrer très protectrice envers l’orpheline. Trop sans doute parce que M3gan n’est pas encore tout à fait au point, même si le patron de Gemma souhaite la lancer sur le marché à grand renfort de promotion.

Si Chucky et Annabelle ont bien déblayé le terrain depuis quelques années, cette nouvelle venue dans le catalogue des jouets tueurs pousse le bouchon un peu plus loin, sans surprise mais sans déplaisir. La grande réussite du film tient dans la poupée elle-même, dont les traits et l’allure générale ne sont pas sans évoquer la comédienne Linda Blair qui jouait la gamine possédée de L’exorciste de William Friedkin, ce qui la rend d’autant plus flippante. L’autre plaisir de ce M3gan est ce second degré qui prête moins à rire qu’à ricaner.


** Réalisé par Gerard Johnstone. Avec Allison Williams, Violet McGraw, Ronny Chieng – 102’.

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